L’art a amené Zélika García au monde des affaires et sa foire sur le calendrier international.
Après seulement quatre ans d’existence, Mexico Art Contemporain (Maco) est déjà uneqs foire très attendue. Elle réunit maintenant près d’une centaine de galeries nord-américaines, européennes et d’Amérique Latine. Des centaines de visiteurs (collectionneurs, amateurs et passionnés) viennent y admirer et y acheter les oeuvres de plus de 800 artistes. Pour Zélika García Ortiz, directrice du Maco, et son associé Enrique Rubio, cette semaine de foire représente l aboutissement de toute une année de travail.
Zélika est satisfaite : le nombre des galeries participantes a doublé depuis 2006, et 80% d’entre elles sont étrangères, dont certains grands noms comme Happy Lion (Los Angeles), David Swirner (New York), Kurimanzutto (Mexico), et Yvon Lambert, Air Paris et Nara Roesler (France).
Cette année, l’investissement est supérieur à 18 millions de pesos. On se demande si le succès de la foire vient plutôt du taux d’assistance ou du niveau des ventes. « Des deux, répond Zélika, mais le plus important est évidemment le niveau des ventes : les galeries doivent vendre pour payer l’espace qu’elles louent sur la foire, leurs artistes, les passeports ; elles ne viennent pas pour exposer, mais pour faire des affaires.» 60% des galeries présentes cette année étaient déjà là l’an dernier. « Elles ne reviendraient pas si elles ne vendaient pas », affirme la jeune entrepreneuse. Les ventes peuvent ainsi atteindre 30 à 40 millions de dollars.
Derrière Zélika, deux tableaux remplis de notes, à peine lisibles, des dizaines de détails à régler avant la foire : panneaux, éclairage, normes de montage, design des stands etc. « Maintenant je comprends mieux ce que voulait dire Gabriela. Ce n’est pas facile, il faut vraiment avoir la foi », affirme Zélika. Avant de se lancer dans les foires artistiques, en 2002, Zélika avait eu recours à l’expérience de sa grande amie Gabriela López Rocha, fondatrice de l’événement qui avait réuni, pour la première fois au Mexique, le monde de l’art contemporain.
Zélika avait alors demandé : « Quelle est la meilleure façon d’organiser une foire d’art ? ». Gabriela, avec 6 ans d’expérience dans l’organisation de l’Expo Art Guadalajara (qu’elle a dû interrompre en 1998, pour cause de problèmes administratifs), avait alors répondu, avec beaucoup d’humour : « Ne l’organise pas ! ». Mais il en fallait plus que ça pour effrayer Zélika: elle étudia les Arts, d’abord par plaisir, puis se lança dans la profession, cette fois par conviction d’avoir un rôle à y jouer. Elle n’avait à ce moment-là que peu de connaissances artistiques (deux années d’université), et était totalement néophytedans le monde des affaires.
Malgré les pour et les contres, elle organisa, en 2002, Muestra, la première foire d’art contemporain à Monterrey, sa ville natale, dont les deux éditions représentèrent « un bon commencement », se souvient-elle, avec 23 galeries présentes la première année, et le double la deuxième. Mais Zélika ne voulait pas s’arrêter là, elle voulait donner à la foire une ampleur internationale. Elle pensait déjà à la création d’un comité chargé de sélectionner les galeries participantes, et un programme de collectionneurs, idées empruntées aux foires Art Chicago, Arco (Madrid), Art Mori (New York), et Basel (Miami). C’est en 2004 qu’elle lança Maco, en association avec son mari Enrique Rubio, également éditeur de la revue Spot.
La logistique derrière l’art
Pendant ses études à l’université, elle pensait s’orienter vers les arts plastiques. Finalement elle ne réalisa jamais ses propres oeuvres et, aujourd’hui, en tant qu’organisatrice, elle se trouve plutôt du côté logistique qu’artistique. Elle-même le reconnaît : « On peut tout à fait organiser des foires sans être artiste, moi je le fais parce que ça me plaît.»
Dans l’organisation, Enrique Rubio se charge des aspects légaux et administratifs, et Zélika fait tout le reste. La foire est à peine terminée que commence l’organisation de celle de l’année suivante.
Malgré ses contacts avec les artistes, les projets et les galeries, c’est un comité qui choisit les oeuvres. Cette année, le Conseil a invité, entre autres, Nara Roesler (Brésil), Luis Adelantado (Espagne) y OMR (Ortiz Monasterio Riestra du Mexique). Un total de 85 galeries élues parmi 200.
Le bon fonctionnement du Maco dépend de la vente des espaces mais aussi des partenariats. Le plus important partenaire cette année, Pepsi, a exposé 6 cannettes crées par des artistes mexicains. Les Hôtels Habita, de l’Hôtel W et de Tequila Centenario ont aussi participé à l’événement.
« C’est une foire différente de par ses prix : les espaces y sont plus accessibles », précise Zélika. Au Mexique les galeries paient 3 500 dollars les 20 mètres carrés et jusqu’à 13000 dollars les 80 mètres carrés.
Même si on ne connaît pas précisément les détails de chaque vente, on sait par exemple que l’an passé, certaines oeuvres se sont vendues de1 000 jusqu’à 250 000 dollars. Une des oeuvres de l’artiste suisse Thomas Hirchhorn s’est vendue pour 120 000 dollars et une autre, de Gabriel Orozco, pour 100 000 dollars.
De plus, chaque visiteur est un acheteur potentiel : « plus les visiteurs sont nombreux, plus les possibilités de ventes sont grandes », précise Zélika. C’est le travail du consultant espagnol Pablo del Val, ex-directeur de Expo Art Guadalajara, qui, en tant que directeur du programme des collectionneurs internationaux du Maco, est en contact permanent avec des acheteurs du monde entier. « Il s’agit d’attirer des acheteurs étrangers au DF », explique l’organisatrice. 100 des plus importants collectionneurs sont invités, tous frais payés, et quelques 3 000 autres reçoivent des laissez-passer VIP. Les loger représente l’un des principaux coûts de l’évènement: environ 150 000 dollars.
Même si le Maco préfère taire le nom de certains collectionneurs internationaux, on sait qu’on y trouve des acheteurs importants comme Eugenio López, Agustin Coppel, César Cervantes et Patrick Charpenel.
« Nous ne voulons imiter personne, ni devenir une foire gigantesque; nous aspirons plutôt à proposer une foire de qualité, sans mettre de côté les jeunes galeries.»
Verónica García de León © 2007, Expansión, tous droits réservés
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