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 Laurence Fischer, karatéka sans frontière

 

 
 
 
 
 
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Laurence FISCHER

 

   KARATÉKA sans Frontières

 

 
    

Elle avait plus envie de tutus roses que de ceintures noires, mais c’est sur un tatami qu’elle s’est accomplie. Laurence Fischer, 34 ans, exchampionne du monde de karaté, transmet sa passion jusqu’à Kaboul.

  

Drôle de dame, Laurence Fischer. Loin de se cantonner aux dojos, elle aime Pina Bausch, Paul Éluard et le théâtre, follement. Dans son iPod, The Divine Comedy. Ses deux titres de championne du monde de karaté ne l’empêchent pas d’avouer qu’elle avait le ventre noué, quand, à 6 ans, elle devait aller au club : « Moi, je voulais faire de la danse classique, mais on m’a fait comprendre que je n’avais pas le corps pour… » Au bout de quelques mois, elle arrête, préfère s’amuser au cours de danse folklorique. Mais son père, passionné, la remet sur un tatami à 12 ans. Elle se fait violence, mais persévère : « La notion de plaisir est arrivée très tard. » Elle décrypte sa relation au karaté comme rarement un sportif prend la peine de le faire : « C’est comme dans une histoire d’amour. On n’aime pas tout chez l’autre. Le karaté m’a permis d’aller au-delà de ma nature, d’en ressortir grandie. » Pour elle, chaque combat est unique, comme chaque morceau de vie : « J’ai appris, grâce à mon sport, à mettre de l’intensité dans les choses que je faisais, quelles qu’elles soient. »

Pas de classe sports-études à l’époque, Laurence Fischer suit donc une scolarité normale. « Au lycée, tout le monde se fichait de ma passion. On me traitait de fumiste. » Elle enchaîne les succès sportifs, mais reste frustrée de n’avoir pu terminer ses études. Alors, à 28 ans, elle quitte sa Provence natale et monte à Paris pour entrer à l’Essec. Elle jongle avec ses cours à Cergy-Pontoise, un job à Paris et ses entraînements à Vincennes. C’est dans ce contexte qu’elle rencontre Alain Trouvé, alors membre de l’association Sport sans Frontières, qui lui propose une mission en Afghanistan. Et un défi à la mesure de sa soif des autres. « À l’époque, dans ce pays, quatre-vingts jeunes femmes, en tout et pour tout, pratiquaient le karaté. » Entre le regard de la famille et de la belle-famille, l’exclusion des compétitions internationales à cause du voile, faire du karaté au pays des burqas est un véritable acte de rébellion. Laurence part en 2005, au moment des élections législatives, une actualité potentiellement dangereuse. « Mais j’étais en confiance. »

 

Elle découvre un dojo rudimentaire, sans tatami. Une dizaine de fillettes, de 7 à 17 ans – cinq d’entre elles ont même pris l’avion, quelques mois plus tard, en tant qu’invitées dans le cadre de l’Open de Paris de karaté. « Quand je les ai rencontrées pour la première fois, j’étais très émue. Pour désamorcer les présentations, je leur ai proposé de me poser des questions sur le sport. Elles m’ont demandé où je vivais et si j’avais un copain ! » De ces quelques semaines, elle garde en tête les rires et les potins de ces petites ceinturées et voilées, semblables à ceux de n’importe quelle fille de leur âge. « Par pudeur, j’avais peur de les prendre dans mes bras, quand j’étais là-bas. Je me suis rattrapée quand Zohra, Zeina, Sarah, Mina et Latifa sont venues à Paris. » Sport sans Frontières a permis la création d’une plate-forme multisport à destination des jeunes dans la vallée du Panshir, en 2007. « Et grâce au karaté, Zohra est devenue la star de son quartier ! » Aujourd’hui, Laurence rencontre des financeurs pour préparer un nouveau voyage en Afghanistan. Mais elle avoue avoir peu de nouvelles de ses protégées : « Elles n’ont pas d’accès à Internet, même pas d’électricité toute la journée. Et le gymnase où elles s’entraînaient est devenu payant. Raison de plus pour y retourner. » En attendant, en septembre, elle sera marraine de l’opération « Zen dans ton quartier », organisée par la Fédération française de karaté et visant à promouvoir l’éducation à cette discipline dans les « zones urbaines sensibles » françaises. Et avant, il y a aura Pékin, où Laurence supportera l’équipe de France, elle qui n’a jamais participé aux J.O. en tant qu’athlète : « Je n’ai aucune frustration. Ne serait-ce que voir entrer la délégation française sur le terrain, pendant la cérémonie d’ouverture, c’est un rêve en soi. » La classe !

  

QUESTIONS SUR LE POUCE

Votre rêve d’enfance ? Avoir des superpouvoirs. Comprendre mon chien ou mon chat, savoir ce que disent les coccinelles ou le vent. Avoir une véritable connexion avec les éléments.

Votre moteur au jour le jour ? L’amour, avec un grand A.

Votre plus grande désillusion ? Que les gens perdent leur capacité à espérer.

Vos héros ? Platon, Molière, Massoud, Saint-Exupéry, Rodin. Ces personnages ont fait avancer l’aventure humaine dans leur domaine, par la force de leurs convictions.

Vos antihéros ? De l’araignée qui m’a piquée aux pires manipulateurs. Mais je les remercie presque, pour nous permettre d’apprécier les qualités chez les autres.

Vos endroits préférés ? Sur mon vélo, le nez au vent, au mois d’août à Paris ou au bord de la mer. Ou en forêt. Ça dépend du moment…

Votre souhait le plus fou ? Faire quelque chose pour permettre aux gens de se comprendre. Faire tourner la terre dans l’autre sens, peut-être…

          

© Gaëlle Rolin / Le Figaro Madame, tous droits réservés / 01/07/2008 et Photos de Denis Boulanger 

Article reproduit par courtoisie de Le Figaro Madame pour vous abonner consultez htttp://abonnes.lefigaro.fr ou www.todalaprensa.com.mx

 

 

  

 

 

 

 

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