
ALORS que les prévisionnistes britanniques et américains l'annonçaient puissante et perturbatrice - mais moins que celle de 1997-1998 -, la version 2006-2007 du phénomène El Niño est déjà en train de décroître. Les spécialistes s'attendent à un retour probable à des conditions neutres vers mai ou juin.
Habituellement, ce phénomène climatique s'annonce par une augmentation des températures de surface de l'océan Pacifique dans sa partie centrale, qui gagne ensuite la zone orientale du bassin. Plus la hausse des températures est élevée, plus on peut craindre un Niño important. En avril 2006, les premières anomalies chaudes - d'environ 1 oC - ont été mesurées dans la partie centre-ouest du Pacifique équatorial. En toute logique, suivant les modèles existants, cette température devait croître.
Or, il n'en a rien été, sans qu'on sache bien pourquoi. « On suppose que les vents alizés, qui soufflent de l'est vers l'ouest, ne se sont pas affaiblis suffisamment pour que le phénomène prenne de l'ampleur », explique Yves du Penhoat, directeur du Laboratoire d'études en géophysique et océanographie à Toulouse. Le fléchissement des alizés est indispensable à la poursuite du phénomène, car il permet aux eaux chaudes de surface d'arriver vers les côtes péruviennes en empêchant la montée des eaux froides venant des profondeurs de l'océan.
Christiane Galus (c) 2007, Le Monde, tous droits réservés.
PALÉOANTHROPOLOGIE
Un scanner à très haute résolution pour étudier les ancêtres de l'hommeUN SCANNER à très haute résolution - du nom de XtremeCT -, initialement conçu pour étudier l'ostéoporose chez les astronautes, vient d'être utilisé pour étudier les dents et les mâchoires de deux australopithèques découverts en Afrique du Sud : Australopithecus africanus (vieux de 2,5 millions d'années) et Paranthropus ro bustus (2 millions d'années). L'idée d'employer cet appareil, financé par le Centre national d'études spatiales, l'Agence spatiale européenne et l'Union européenne, et réalisé par la société SCANCO, est venue de José Braga, professeur de paléoanthropologie à l'université Paul-Sabatier, à Toulouse.
Cet engin permet d'étudier la microstructure des dents de manière non invasive, grâce aux coupes virtuelles qu'il délivre, avec un écart de 40 microns. Les premières images ont été présentées, jeudi 8 mars, à la faculté de médecine de Purpan. Quatre mille sept cents coupes ont été réalisées sur Australopithecus africanus (un jeune adulte de 18 ans), celles concernant Paranthropus robustus (6 ans) n'étant pas encore achevées.
En étudiant les crêtes (les cuspides) présentes sur la partie supérieure de la dentine, cette substance enrobée par l'émail, José Braga espère distinguer ce qui relève du patrimoine génétique de ce qui est dû à l'environnement, et notamment à la mastication. Car, explique-t-il, « l'int erface entre la dentine et l'émail est une des premières structures anatomiques qui se mettent en place chez le foetus. Cette structure, dont on connaît l'origine génétique, ne bouge plus e nsuite. »
Reste à effectuer un très gros travail d'analyse des données et d'interprétation. En élargissant l'étude à d'autres spécimens d'hominidés et de grands singes, le chercheur espère préciser leurs places respectives dans la lignée humaine.
« Les sca nners performants et les faisceaux de rayo ns X produits par les synchrotrons sont des outils utilisés en paléoanthropologie depuis dix ans, précise Patrick Vignaud, directeur adjoint du laboratoire de paléontologie de Poitiers. L'étude des cuspides, en plein développement, est intéressante pour des interprétations en biologie du développement. Mais il faut prendre beaucoup de précautions pour ne pas faire de la paléo-p oésie. »
Pour Amélie Vialet, paléoanthropologue à l'Institut de paléontologie humaine à Paris, les scanners offrent aussi la possibilité de « reconstituer virtuellement des crânes déformés par leur long séjour dans le sol ». Ce travail a été effectué sur le crâne d'un fossile d' Homo erectus vieux de 936 000 ans trouvé au Yunxian (Chine).
Ces outils permettent également d'accéder à toutes les structures internes du fossile, parfois cachées par la gangue de pierre : l'endocrâne, les sinus de la face et l'oreille interne. L'institut, qui est en train de constituer une « scannothèque », dispose déjà des scanners d'une quinzaine de fossiles européens et asiatiques.
Christiane Galus (c) 2007, Le Monde, tous droits réservés.
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