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A Harvard, Tal Ben-Shahar apprend à ses étudiants en «psychologie positive» à être... plus heureux. Son premier livre est publié en français.

Joli garçon, l'air doux et réservé, juvénile et concentré, de l'humour quand même, Tal Ben-Shahar ressemble bien plus à ses étudiants de Harvard qu'à n'importe quel gourou du mieux-être. Justement, il se défend d'en être un. Originaire de Tel-Aviv, diplômé lui-même de la prestigieuse université américaine, où il a obtenu un doctorat de philosophie et de psychologie, ce prof de 37 ans se présente avant tout comme un enseignant de la «psychologie positive». Cette discipline, née aux Etats-Unis en 1998 et très en vogue, incite tout un chacun à repérer et à développer ce qui peut le rendre heureux.

Comment? Par des méthodes pratiques pouvant paraître anodines mais qui ont fait leurs preuves, fondées sur des études sérieuses publiées dans des revues tout aussi sérieuses. Voilà comment Tal Ben-Shahar, qui avoue un faible pour le chocolat et les chansons de Céline Dion, en est venu à proposer à Harvard un cours sur l'apprentissage du bonheur. Banco: ils étaient huit étudiants en 2004, ils sont 900 aujourd'hui et ce cours est devenu le plus populaire du campus, devançant celui sur l'initiation à l'économie qui tenait la vedette jusqu'alors! Tal Ben-Shahar, qui intervient aussi auprès des DRH de grandes entreprises soucieuses de l'épanouissement de leurs salariés, est venu récemment faire la leçon aux étudiants de l'Ecole supérieure de commerce de Paris, à l'occasion de la sortie de son livre en français. Salle comble, attention maximale pendant quatre-vingt-dix minutes, ambiance bon enfant, puis questions en rafales: tout le monde est ressorti avec le sourire et la ferme intention de trouver son bonheur, à sa façon, à sa mesure, simplement. Léonard de Vinci ne disait-il pas, déjà, que la simplicité était le raffinement suprême?

Comment placer cette nouvelle année sous le signe du bonheur?

Cette notion est très relative, on ne peut pas être en permanence dans un état de bonheur. Loin de moi l'idée de vous proposer une recette secrète du genre «le bonheur en cinq étapes faciles»! Mieux vaut se demander: comment puis-je être plus heureux que je ne le suis? Cette approche-là tient compte du fait que rechercher le bonheur est un processus constant. On a intérêt à partir du principe que le bonheur est une ressource illimitée, et donc à se concentrer sur les différentes façons d'en puiser toujours plus.

Quelles façons proposez-vous?

De nouveaux rituels, de la même façon que l'on se brosse les dents chaque jour. En premier lieu, je recommande de faire régulièrement du sport. S'adonner à un exercice physique, au moins trois fois par semaine à raison de trente minutes chaque fois, a le même effet, à terme, que le plus puissant des antidépresseurs. Autre rituel: écrire chaque soir les cinq choses ou événements que l'on a appréciés dans la journée, pour lesquels on est reconnaissant. Les gens qui font cela régulièrement ont une meilleure image d'eux-mêmes et se montrent plus généreux avec leur entourage. Passer plus de temps avec ceux qu'on aime est aussi nécessaire. L'une des raisons pour lesquelles les gens sont de plus en plus déprimés, c'est qu'ils délaissent leurs proches au profit de leur travail.

Que préconisez-vous justement pour ne pas se laisser accaparer par son travail?

D'abord travailler mieux, c'est-à-dire de façon plus optimale. Travailler quatorze heures par jour ne sert à rien. Il y a une limite au-delà de laquelle nous ne sommes plus productifs. Les études montrent que lorsque nous faisons trop de choses en même temps, en consultant nos mails sans arrêt ou en pensant à ce que nous ferons plus tard, nous perdons notre capacité créative. Personnellement, je m'impose une heure et demie de travail continu sans rien faire d'autre. Puis je m'accorde un temps de repos: je vais me promener, je vois des amis, je médite. Et je recommence une heure et demie de travail intense. De la même façon que nous devons reposer nos muscles après un entraînement sportif, nous devons nous reposer l'esprit après l'avoir stressé.
Plus facile à dire qu'à faire...

D'où l'intérêt des rituels. En ce qui me concerne, j'ai proposé à ma femme un rendez-vous précis deux fois par semaine, après avoir constaté que nous ne faisions que nous croiser, sans prendre vraiment le temps d'être ensemble. Ce n'est pas très spontané, me direz-vous. Peut-être, mais au moins retrouvons-nous cette spontanéité au cours de ces rendez-vous. Sinon, on ne se verrait vraiment que deux fois tous les dix ans! J'ai également instauré un rituel avec mon fils de 3 ans et demi: chaque soir, avant de le coucher, je lui demande ce qui l'a le plus amusé dans la journée, ce qui l'a fait rire. C'est l'occasion d'un échange privilégié entre nous. Nous voulons faire trop de choses en trop peu de temps. Or, comme disait Thoreau, «la vie est trop courte pour qu'on soit pressé»!

Comment se libérer de nos contrariétés?

D'abord il faut se donner la permission d'être humain. Seuls les psychopathes et les morts ne ressentent pas les émotions douloureuses! Il faut donc savoir les accepter, mais de façon active, en cherchant la meilleure attitude à adopter pour y remédier. Pour certains, une forme de solitude sera nécessaire; pour d'autres, il s'agira de se forcer à voir des amis, à sortir. Quelqu'un qui perd son travail doit savoir se laisser aller au découragement. Mais pas pendant six mois, juste une semaine ou deux. Après, il faut se demander comment reprendre le dessus. Par exemple, les gens qui se mettent à écrire sur ce qu'ils vivent à ce moment-là arrivent plus facilement à reprendre espoir et à retrouver un travail.
Encore faut-il avoir confiance en soi...

Il n'y a pas de solutions miracle: je crois en notre capacité à faire des expériences et à en tirer parti; à grandir, en somme. La confiance en soi est quelque chose qui se construit. Pour certains, ce sera par le biais d'une thérapie ou d'une analyse; pour d'autres, en faisant du sport, en écrivant son journal intime, en méditant. Tout ce qui contribue à rendre plus heureux aide à avoir confiance en soi.


L'Apprentissage du bonheur. Principes, préceptes et rituels pour être heureux.


Tal Ben-Shahar
éd. BELFOND
247 pages
17,5 €

Delphine Peras, © 10.01.2008 L'Express, tous droits réservés

 

 Article reproduit par courtoisie de L'Express, pour vous abonner, consultez www.lexpress.fr ou www.todalaprensa.com.mx