

La liste est longue des muséums d'histoire naturelle, longtemps abandonnés à la poussière, aujourd'hui rénovés. Après celui de Rouen ( Le Monde du 15 mars), celui du Havre, fermé depuis un an pour travaux, a rouvert ses portes le 21 septembre. Cette première phase a coûté 1 million d'euros - la moitié pour la ville. Une deuxième tranche sera lancée en 2009.
Clermont-Ferrand (six cents mille objets dont 5 % sont exposés) ouvre trois nouvelles salles le 4 octobre. Et le 27 octobre sera réinauguré le très important Muséum d'histoire naturelle de La Rochelle. Celui d'Elboeuf achève de déménager pour mieux se transformer. Le Muséum de Lyon doit revivre dans la peau du Musée des Confluences, dont les travaux sont enfin lancés entre Saône et Rhône. En décembre, Lille mettra en valeur ses collections liées au monde du charbon.
A Paris, le Musée de l'homme, département du Muséum d'histoire naturelle, qui doit lui aussi être radicalement modifié, a présenté en février une exposition de préfiguration. Enfin, l'agence d'architecture Basalt vient de remporter le concours pour la refonte du Muséum de Bordeaux, qui devrait être achevée en 2011.
« Le théâtre de la Nature »
Après le déclin et l'indiférence, comment expliquer cette renaissance ? « A partir des années 1970, répond Cédric Crémière, directeur du Muséum du Havre, la place des sciences natu relles a reculé au profit de sciences comme la biologie. Les muséums, qui dépendent du ministère de la recherche, ont été considérés comme dépassés. Ce n'était plus une priorité, et leurs crédits ont été coupés. »
Pour Zeev Gourarier, qui pilote le Musée de l'Homme, « le renouveau des muséums s'accompagne d'un recentrage autour de la notion de biodiversité, la grande question d'aujourd'hui. » Dès 1994, à Paris, la transformation de la Galerie de l'Évolution du Jardin des Plantes, autre département du Muséum d'Histoire Naturelle, allait dans ce sens - une mutation plébiscitée par le public. « Les rapports que nous entretenons avec la nature sont en train de changer, poursuit Zeev Gourarier. Paradoxalement, c'est au moment où l'homme devient un être majoritairement urbain, de plus en plus coupé de ses racines naturelles, qu'il tente de se replacer au sein du grand théâtre de la nature. Or les muséums, grâce à leurs collections, un temps jugées obsolètes, nous racontent cette nature au contact de laquelle nous ne vivons plus. Naguère lieu d'émerveillement, le muséum est devenu un lieu d'interrogation et d'explication. »
Michel Côté, responsable du Musée des confluences, constate aussi que l'écologie et l'environnement sont devenus des questions essentielles : « Les muséums doivent mettre en évidence le nouveau rapport des sciences et de la société souvent inquiète de l'avancée des recherches scientifiques, des OGM aux nanotechnologies. Le muséum devient lieu de débat. »
Michel Côté ajoute que les muséums ont la chance « de posséder, dans beaucoup de cas, des collections d'ethnologie extra-européenne qu'ils peuvent montrer en parallèle avec leur fonds d'histoire naturelle. Le succès du Musée du quai Branly repose notamment sur la mise en évidence de la diversité culturelle. »
Par ailleurs, l'ancienneté de ces établissements, hier un handicap - est devenu un atout. Leurs collections accumulées, parfois au fil des siècles (comme le cabinet Lafaille de La Rochelle ou le cabinet d'histoire naturelle de la bibliothèque centrale du Muséum de Paris) nous livrent les visions successives que l'homme a eues de la nature.
Emmanuel de Roux,© 26.09.07, Le Monde, tous droits réservés.
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