Cette disposition passe aussi par l'effort qu'ont entrepris les producteurs dans la promotion auprès des ménages. « Notre travail est d'inculquer au marché que le vin mousseux se consomme aussi lorsque l'on mange, pour accompagner tout un repas du début à la fin », dit Ricardo Espíndola, sommelier du producteur espagnol de mousseux Freixenet México et coordinateur de l'École des Vins du Centre Culinaire Ambrosía. « Il nous faut ôter cette étiquette de vins exclusivement pour faire la fête qui colle au mousseux ».
Ce qui est curieux, affirment les experts, c'est que le champagne et les mousseux se marient très bien avec les parfums piquants et les assaisonnements de la gastronomie mexicaine. Et ce trésor, il faut le capitaliser. « Le champagne n'est plus seulement élégant, à présent il est versatile. Au Mexique ceci se vend comme un facteur d'opportunité », dit Meré.
L'intérêt qu'a réveillé la boisson auprès des papilles a même favorisé, à son tour, d'autres activités. En fait, le Centre Culinaire Ambrosía a lancé cette année un diplôme consacré exclusivement à la formation de sommeliers et a entrepris divers programmes sur des dégustations de vins. « Le vin est à la mode, on le voit de partout, y compris dans les écoles de gastronomie », dit Espindola.
Mais le potentiel est encore en devenir. La consommation de vin par tête au Mexique est de seulement 500 millilitres annuels, mais il y a huit ans elle était de 29 millilitres. C'est pour cela que la stratégie pour les papilles mexicaines est très différente à celle d'autre pays où le marché est plus mûr. Ici, par exemple, Möet Hennessy continuera encore une stratégie agressive de croissance du champagne. Le pays se place déjà en première position de la consommation régionale et parmi les premiers 15 marchés au niveau mondial.
Vers le sud
En Argentine et au Brésil, second et troisième pays au niveau de la consommation de champagne en Amérique Latine, la tactique est différente pour Möet Hennessy, le secteur des mousseux étant beaucoup plus développé sur ces deux marchés. En fait, l'Argentine est le premier lieu en ventes générales de l'entreprise dans la région. Et c'est dans ce pays que Möet Hennessy élabore des vins rouges, blancs et mousseux. « Nous avons donné une alternative de consommation à un niveau de coût moins cher pour les consommateurs », dit Seignon.
L'Amérique Latine n'est qu'un marché émergent de plus dans la ligne de mire des producteurs de vin. Les pays traditionnellement producteurs et consommateurs ont entrepris un plan pour diversifier leurs marchés en raison de quelques baisses dans leur consommation nationale. « L'Italie, par exemple, qui consommait jusqu'à 70 litres par an a chuté à 40 litres », dit Meré.
Cette baisse, causée par l'apparition de nouvelles boissons, les hauts et les bas de l'économie et d'autres facteurs, a poussé les Européens à regarder plus loin que leurs terres, où il reste encore beaucoup de terrains à explorer. « En Europe par exemple, c'est difficile d'avoir une croissance annuelle de 10 %, dit Seignon. En Amérique Latine, au contraire, une croissance à deux chiffres n'est pas difficile.
En fait, la région fut parmi celles qui a eu l'une des plus grandes croissances au niveau mondial en matière de ventes de boissons alcoolisées en 2007. L'Amérique Latine a enregistré une augmentation de 15%, beaucoup plus élevée que la moyenne mondiale, qui fut de 6%, selon une étude de ACNielsen.
Des chiffres comme ceux-ci continueront d'attirer des entreprises dans la zone et inciteront celles du Mexique à produire plus de vins mousseux. « Ce n'est pas pour rien que nos producteurs visent la demande interne. Ce produit est en train de connaître une révélation », dit Meré.
© MARISOL RUEDA / AMÉRICAECONOMÍA, tous droits réservés / 25/09/2008 |