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Echos de France > Nouvelles des affaires > nouvelles_des_affaires > Interview de monsieur Henri Giscard d'Estaing, PDG du Club Med  

Iinterview de Monsieur Henri Giscard d'Estaing, PDG du Club Med

 

 

Henri Giscard D'Estaing est le PDG du Club Méditerranée, le club touristique qui offre des séjours tout compris, plus connu sous le nom de Club Med. Un des lieux préférés des célibataires du globe, le Club Med s'est repositionné comme lieu de vacances chic des couples et des familles, une stratégie qu'il espère développer avec succès dans l'industrie du tourisme d'aujourd'hui, soumis à une forte concurrence.

Nous nous entretenons avec Mr. Henri Giscard D'Estaing dans les bureaux du Club Med de l'avenue Masaryk à Mexico, où il vient juste de lancer l'ouverture d'un Club Med à Ixtapa, sur la côte pacifique du Mexique.

Echos de France : Pouvez-vous nous parler un peu de l'histoire du Club Med ?

Henri Giscard d'Estaing: Le Club Med a été fondé dans les années 50, par un champion belge de water polo qui s'appelait Gerard Blitz. C'était un camp, situé sur Alcudio, une plage très sauvage et très belle dans les îles Baléares en Espagne, et la devise était "le Bonheur par le sport et la nature." Plus tard Gerard Blitz a rencontré un monsieur nommé Gilbert Trigono, qui a fourni l'expertise des affaires. Depuis le début, le concept devait offrir un séjour tout compris sur la Méditerranée, la mer la plus splendide, le berceau de la civilisation européenne.

Quand la société s'est développée internationalement, elle est devenue comme un symbole de l'évolution de nos sociétés. Le slogan publicitaire était "l'Antidote à la Civilisation" et le Club s'est identifié à des valeurs comme la liberté et la libération sexuelle.

Notre première clientèle était, bien sûr, européenne. Sont ensuite venus les Américains et à partir de là nous nous sommes développés internationalement. Nous avons lancé il y a 30 ans au Japon, une station de sport d'hiver. L'année dernière, nous avons accueilli 16,000 clients de Chine et 80,000 d'Asie du Sud-Est. Il y a quatre ans, nous avons lancé un nouveau site en Chine. En Russie, nous avons un emplacement à St.-Pétersbourg, où 9,000 familles russes viennent passer leurs vacances. Nous avons beaucoup de stations de sport d'hiver, les meilleurs emplacements sont dans les Alpes; nous avons des stations en Turquie et en Grèce.

Echos de France : L'industrie du tourisme a changé radicalement depuis la création du Club Med. Comment le Club Med a-t-il fait pour se positionner dans une industrie plus compétitive ?

Henri Giscard d'Estaing: Bien, nous étions les premiers à offrir le concept de séjour tout compris et dès lors, nous avons été copiés à plusieurs reprises. Quand vous êtes copiés et que vous n'évoluez pas suffisamment vite, vous vous positionnez plus difficilement et c'est ce qui nous est arrivé. Et, comme le reste de l'industrie, nous avons été aussi frappés durement par les attaques du 11 septembre. Les américains n'ont pas voyagé pendant quelque temps après l'évènement.

Nous avons commencé à réévaluer nos villages. Dans celui situé en Polynésie, par exemple, nous offrions tout, du service de base au très chic. Nous couvrions la gamme entière du marché. Mais la réalité du marché est telle qu'aujourd'hui vous devez être le meilleur ou le meilleur marché, mais pas entre les deux.

Ainsi nous avons décidé d'être le meilleur. Ce qui signifie être plus inventif, plus créatif, plus chic et avoir une offre de meilleure qualité. Puisque nous travaillons dans ce domaine depuis un certain temps, un de nos plus grands avantages est nos emplacements. Nous avons 82 villages dans le monde entier et dans les meilleurs endroits. A Cancun, nous avons la meilleure plage. Nous avons le meilleur emplacement d'Ixtapa, 15 hectares sur une immense plage stupéfiante.

Il y a plus de trois ans, nous avons décidé, selon notre nouvelle stratégie, que nous avions besoin d'améliorer les équipements du Club Med. Nous avons dépensé 1 milliard d'euros [1.46 milliards dollars] pour rénover 70 villages, nous en avons ouvert 20 nouveaux et nous en avons fermé 65.

Echos de France : Comment avez-vous décidé de ceux qu'il fallait fermer ?  

Henri Giscard d'Estaing: Ils n'étaient pas dans les meilleurs endroits, ou leurs édifices ne permettaient et ne justifiaient pas des améliorations. Par exemple, il n'était pas possible d'améliorer le village de Huatulco. L'année dernière, nous avons dépensé 25 millions d'euros [36 milliards dollars] pour les sites de Cancun et Ixtapa afin de les amener aux meilleurs standards internationaux. 

À la fin de 2008, la moitié de nos sites sont évalués à 4 ou 5 tridents [le Club Med met en place le système de classement interne]. L'autre moitié aura trois tridents, qui est l'équivalent d'au moins quatre étoiles. Les sites de Cancun et Ixtapa possèdent quatre tridents. 

Echos de France : qui est le client type du Club Med aujourd'hui ?

Henri Giscard D'Estaing  : Auparavant, nous avions deux cibles : célibataires et familles. Maintenant, nos clients sont principalement des couples et des familles. Nos GOs [les membres du personnel, gentils organisateurs en français] sont heureux de s'occuper des enfants; si les enfants ne passent pas un bon moment, les parents non plus.

Nous avons fermé notre village de Cancun après l'Ouragan Wilma. Auparavant, la moitié de la clientèle était célibataire; En 2006 le deux-tiers étaient des familles.

Echos de France: Quelle est la proportion de clients étrangers et mexicains dans les Club Med de Cancun et Ixtapa ?

Henri Giscard d'Estaing: En ce moment, les clients sont surtout des étrangers, mais notre objectif est d'attirer une proportion plus élevée de clientèle mexicaine. Le club Med est un programme idéal pour les familles mexicaines.

Dans nos villages nous essayons de prendre le meilleur de la culture locale et d'apporter une touche moderne. Ici, nous n'essayons pas de ressembler aux mexicains, mais nous achèterons pour les Club Med, les oeuvres d'artistes mexicains, par exemple.  

Echos de France: le Mexique est un marché très attirant pour les étrangers qui sont à la retraite ou pour trouver une maison secondaire ou de vacances. Le club Med a-t-il pour objectif d'entrer dans le marché immobilier, des maisons, des appartements en copropriété ou en temps partagé ?

Henri Giscard d'Estaing: Dans notre village à l'Île Maurice, nous avons une approche légèrement différente. C'est un village Club Med de luxe; nous investissons plus de 70 millions de dollars. Il y aura 40 villas, vendues individuellement. Les gens pourront utiliser leur villa pendant six semaines dans l'année, et ils auront accès à toutes les commodités du Club Med - le sport, les discothèques, le champagne - tout inclus. Le reste de l'année, ils loueront leur villa au Club Med. Nous aurons aussi ce concept dans notre club au Buzios [au sud du Rio de Janeiro], à Phuket [Thaïlande] et en Guadeloupe dans les Antilles françaises. Nous pensons que ce sera très attrayant tant pour le marché Nord-américain qu'européen.

Echos de France: Quel est l'engagement du Club Med vis à vis de l'environnement ?

Henri Giscard D'Estaing: le respect pour l'environnement est dans nos racines. Tout d'abord, nous n'avons et nous ne construirons jamais d'immeubles de grande hauteur. Nous sommes le seul endroit vert de Cancun! À Ixtapa, le seul hôtel de faible hauteur est le Club Med.

Deuxièmement, nous mettons en oeuvre des façons de réduire notre impact sur l'environnement. Dans notre emplacement à l'île Maurice, nous expérimentons des filtres de jardins pour le traitement des eaux, plutôt que des systèmes mécaniques. C'est un système très évolué, où nous avons planté 30 types de plantes différents et qui réduisent eux-mêmes les impuretés des eaux sales. La passion des jardins fait aussi partie de notre héritage. Dans notre club de Taba, dans la Péninsule du Sinaï [l'Egypte] nous réunissons des spécialistes pour créer des bâtiments proposant de hauts standards en terme de qualités environnementales.

Echos de France: Quel est le revenu annuel global du  Club Med ? 

Henri Giscard d'Estaing: Nos revenus s'élèvent à 1.7 milliards de dollars. Nous servons 1.3 millions de clients dans le monde entier par an. Nous ne sommes pas la plus grosse société de tourisme et nous ne voulons pas être les plus gros. Notre mission est d'être le leader mondial des séjours tout compris, chics, amicaux, multiculturels. Nous estimons qu'il y a 60 millions de clients potentiels dans le monde entier pour cette stratégie. Nous établissons notre positionnement et passerons le reste de l'année 2008 à améliorer les villages. Ensuite nous ouvrirons cinq nouveaux clubs avant la fin 2009, Taba et Buzios, ensuite le Viêt-Nam, la Russie et la Chine.

Echos de France: En fin de compte, quels sont les facteurs qui rendent le Club Med différent de ses concurrents ?

Henri Giscard d'Estaing: Tout d'abord, nous proposons des séjours réellement tout compris, aucune dépense supplémentaire. Toutes les activités sont incluses dans votre tarif. À Ixtapa, vous pouvez aller à notre école de cirque et participer à 40 autres activités. Ensuite, nos GOs sont vraiment des personnes d'expérience. Ils sont formés professionnellement et sont là pour vous aider à profiter de vos vacances. Nous avons un système mondial de recrutement et recevons plus de 75,000 candidatures chaque année. Nous choisissons et formons 2,000 d'entre eux dans notre école de Vittel [en France]

Finalement, nous sommes le meilleur endroit pour les familles, et nous sommes concernés par le bonheur de tous les membres de la famille pendant leurs vacances.

Echos de France: Votre père, Valérie Giscard d'Estaing, a été un Président très influent de la République Française. Pensez-vous faire de la politique à l'avenir ?

Henri Giscard d'Estaing: J'ai déjà été politicien. J'étais l'élu le plus jeune du pays, à 22 ans. Mon frère est actuellement député au Parlement français.
Mais le Club Med est mon travail. J'aime vraiment mon travail. Le bonheur est notre affaire et cela est très motivant. 

Echos de France: Merci beaucoup, M. Giscard d'Estaing.


 Margot Shetterly pour Echos de France, tous droits réservés