Le Grand Palais fait des bénéfices et va doubler sa surface d'ici 2010

Institutions Succès commercial rapide pour le monument parisien.

Roger Viollet, AFP, tous droits réservés
Spectaculaire retournement de situation : le Grand Palais gagne de l'argent et va doubler de surface d'ici deux ans ! Le gigantesque monument parisien, édifié sur les Champs-Elysées pour l'Exposition universelle de 1900, a pourtant longtemps figuré sur la liste des dossiers noirs du ministère de la culture, après avoir accueilli, pendant un siècle, salons de peinture et d'électroménager, concours hippiques et foires automobiles. Fermée pendant un interminable chantier de douze ans qui a vu son immense verrière refaite à neuf et ses fondations consolidées, sa grande nef a rouvert en pointillé à partir de la fin 2005, portée à bout de bras par la Rue de Valois.
C'est terminé. Depuis le mois de février 2007, le Grand Palais est un établissement public industriel et commercial (EPIC), sommé de voler de ses propres ailes. Après une année de transition, son président, l'ancien diplomate Yves Saint-Geours, a dévoilé jeudi 24 janvier au matin son plan d'action 2008-2010. Avec un projet ambitieux : résoudre la question du chauffage et de la climatisation, le casse-tête de l'accès aux handicapés, et passer de 10 000 m2 à 20 000 m2 en rouvrant une série d'espaces fermés depuis des décennies : les balcons de la nef, les galeries côté sud-est, l'auditorium notamment. Le chantier, qui a fait l'objet de dix-huit rapports en une vingtaine d'années, avait jusque-là toujours été repoussé en raison de son coût. Mais voilà, dès sa première année d'exploitation, le Grand Palais se révèle une machine rentable et a donc pu emprunter 30 millions d'euros pour financer ces travaux. S'y ajoutent 10 millions d'euros de l'Etat pour achever la restauration des façades de ce monument classé, sans compter d'éventuels mécènes à qui l'institution compte largement faire appel.
Le plan d'affaires de l'établissement prévoit un bénéfice supérieur à 3 millions d'euros avant impôt en 2007, pour 6,8 millions d'euros de recettes. Puis, en régime de croisière à partir de 2010, un bénéfice de 2,3 millions d'euros après impôts et remboursements de l'emprunt ! " Cette rentabilité, c'était notre idée dès le départ, mais nous n'étions pas tout à fait sûrs qu'elle était réalisable ", sourit M. Saint-Geours.
50 000 EUROS LA JOURNÉE
La recette : " Une très grande vigilance sur les coûts ; la sous-traitance de toute l'intendance, qui permet de facturer nos prestations au plus juste ; et l'attractivité formidable du lieu ", analyse M. Saint-Geours. Défilés de mode, comme celui de la collection Chanel mardi 22 janvier, Salon des antiquaires, Foire internationale d'art contemporain, tournage de films ou d'émissions télévisées, soirées privées... Le carnet de commandes se remplit très vite. La nef du Grand Palais se loue aujourd'hui jusqu'à 50 000 euros la journée - selon la période de l'année, la durée de la location, les délais de montage et de démontage.
La réouverture des galeries et des balcons, mais aussi du salon d'honneur jusque-là occupé par le Palais de la découverte mitoyen, permettra à l'établissement " de louer des espaces plus modulables, de recevoir différents types de manifestations simultanément ", indique le président. Une offre commerciale bientôt complétée par une boutique et un restaurant. Face à cette exigence de rentabilité, quid de la vocation culturelle du monument ? " Nous ne sommes pas un équipement culturel au sens strict, précise M. Saint-Geours. Nous avons une double vocation, culturelle et économique. Mais avec une mission de service public qui nous commande d'alterner manifestations artistiques, événements grand public gratuits et opérations commerciales rentables. "
Sans subventions, difficile toutefois de multiplier les expositions comme Monumenta, une installation artistique d'Anselm Kieffer qui a immobilisé la grande nef pendant deux mois à l'été 2007 et qui doit se reproduire avec Richard Serra du 7 mai au 15 juin. " C'est bon pour notre notoriété, mais cela nous coûte plus d'argent que ça ne nous en rapporte ", observe M. Saint-Geours. Sa croissance réalisée, restera au Grand Palais à s'attaquer à un autre dossier souvent évoqué, toujours repoussé : le déplacement, à l'intérieur de ce bâtiment colossal, des deux institutions désormais rattachées à l'établissement public : le Palais de la découverte et les Galeries nationales - deux lieux d'expositions dont les murs se prêtent mal à leur mission -, qui sont totalement coupées entre elles, et du reste du Grand Palais.
Grégoire Allix, © 25.01.2008, Le Monde, tous droits réservés.
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