Les cactus mexicains sont menacés par la concurrence chinoise

© AFP - Omar Torres
A perte de vue, du vert et du noir. En rangs serrés, des milliers d'arbustes aux feuilles ovales charnues, hérissées d'épines, s'alignent sur la terre volcanique, aussi sombre que l'humus et enfin rafraîchie par les premières pluies. Le nopal (Opuntia ficus indica) est sans doute le plus mexicain des cactus - au point qu'il figure sur le drapeau national. Et le meilleur nopal pousse à Milpa Alta, au sud de Mexico, grâce à l'altitude et au savoir-faire des paysans, qui entretiennent les champs en terrasses construits par leurs ancêtres nahuatl.
A l'entrée de Milpa Alta, des banderoles trahissent pourtant l'inquiétude : "Chin-chun-chan nopales chinos" ("A bas les nopals chinetoques !"). Pour beaucoup de paysans, il est inadmissible qu'une plante née il y a sept mille ans sur le haut plateau central mexicain soit cultivée avec succès en Asie, puis revienne en Amérique sous forme de conserves, de cosmétiques et de compléments alimentaires. "Il y a plus de dix ans, raconte Mario Martinez, chargé du développement agricole dans la municipalité, des Chinois sont venus ici se faire expliquer la façon dont on cultive le nopal. Personne ne s'est méfié ! Ils se sont concentrés sur sa transformation industrielle, et maintenant nous voyons arriver des produits "made in China" à base de nopal." Depuis 2003, la Chine a même détrôné le Mexique au deuxième rang des fournisseurs des Etats-Unis sur ce marché.
"Ils copient absolument tout, même la Vierge de Guadalupe (emblème du catholicisme mexicain), soupire José Luis Cabrera, chef de la municipalité de Milpa Alta. Du coup, nous avons mis en route un processus de certification, afin d'obtenir une appellation contrôlée. Mais nous avons le plus grand mal à convaincre les gens d'ici qu'il ne faut pas se limiter à le commercialiser comme un produit frais."
BREVET
Depuis un demi-siècle, les paysans ont délaissé les autres cultures pour se consacrer à celle du nopal. "Ici, on l'appelle "l'or vert", car il fait vivre 13 000 familles", raconte Angelica Olvera, propriétaire, avec son père, d'une parcelle de 3,5 hectares.
Au Mexique, le nopal est d'abord consommé comme un légume, débarrassé à la main de ses épines, puis émincé, cuit à l'eau et mangé en salade. Sa couleur rappelle celle du haricot vert, mais sa consistance, à la fois croquante et gluante, surprend le palais occidental. Les étrangers découvrent vite ses vertus : il diminue le cholestérol, et surtout il fait baisser le taux de sucre dans le sang, un atout précieux dans un pays où le diabète prend l'allure d'une épidémie. Les experts encouragent les industriels de l'alimentation à employer de la farine de nopal pour fabriquer des tortillas (galettes) à valeur diététique ajoutée. Vendues sous la marque Nopalia, des tostadas (tortillas grillées) composées à 60 % de nopal ont fait une discrète apparition sur les rayons des grandes surfaces.
"On craignait que les Chinois ne déposent un brevet sur la plante. Mais l'Organisation mondiale du commerce ne le permet pas, rappelle M. Cabrera. En revanche, c'est tout à fait possible pour des dérivés industriels." Réveillés par l'incursion chinoise, les responsables de Milpa Alta explorent aujourd'hui d'autres voies, par exemple remettre au goût du jour l'usage du nopal pour fixer les pigments des peintures, comme on le faisait dans la construction traditionnelle. Il y a quelques mois, ils ont réussi à regrouper une dizaine de petites entreprises qui produisent des condiments, des marmelades ou même du shampooing à base du précieux cactus, leur proposant un label et des étiquettes.
Car, faute d'initiative, les nopaleros de la région de Mexico risquent de connaître le même sort que les fabricants de guayaberas du Yucatan, ces chemises tropicales blanches, très confortables par grande chaleur, que les ateliers chinois copient désormais à bas prix pour les vendre aux chaînes de distribution comme Wal-Mart.
Joëlle Stolz © 24.06.2008
Le Monde, tous droits réservés.
À la suite de la publication de l'article intitulé "Un Nobel Vert pour Jesus"dans le dernier numéro d'Échos de France, notre lectrice et grande amie Martine Chomel, nous a fait parvenir des précisions supplémentaires et fort intéréssantes sur le sujet.
Nous voudrions lui adresser nos sincères remerciements pour ce précieux apports qui nous permettent de savoir d'avantage sur ce sujet de culture mexicaine.
La Rédaction d'Échos de France
Nota postdata sur l'article Un Nobel vert pour Jesús, publié par Patrice Gouy dans Le Point le 08.05.08 et retransmis dans le n.6 de Echos de France.
Il s'agit simplement d'éclairer notre lanterne sur un mexicanisme utilisé par l'auteur : tequio interprêté comme "travail collectif obligatoire", le terme mérite certaines explications. Rien de plus juste que la définition donnée ci-dessous et chargée de toutes ses nuances, dans le Diccionario de mejicanismos de Francisco J. Santamaría, Numerario de la Academia Mejicana de la Lengua. Correspondiente de la Real Academia Española. Primera edición, Editorial Porrúa, S.A., Mejico, 1959
Tequio. (del azt. tequitl, trabajo). m. Gravamen, tarea, faena, tributo, carga corporal que pesaba sobre los indios, esclavizados por los españoles, y en favor de estos mismos.
"Acosados sus habitantes por los ganados de los que iban estableciendo por allí sus potreros que les acababan todas sus sementeras, como así mismo por los tequios". (Gil y Saenz, Compendio Histórico de Tabasco, 140) -- "Por ser la mayor parte de maceguales (gentes como acá decimos de la ínfima plebe), hostigados y ponderosamente gravados de tequio, que es el trabajo de lo que los mandones imponían sobre la debilidad de sus flacas fuerzas". (Fuentes y Guzmán, Recordación Florida, 321.)
2. En la región del sureste, hasta antes de la revolución constitucionalista de 1913, servicio obligatorio que la mujer del peón de campo prestaba en las haciendas, en cuenta de la deuda del marido y por misérrimo salario.
"Los tequios de las mujeres, llamados así por reputarse levas y acomodadas a su sexo". (Decretos de Tabasco, 19).
3. En los días del coloniaje, era la tarea que en las misiones se imponía a los neófitos antes de poder formar parte de la obra o de incorporarse a la institución.
Tequioso, sa. adj. Engorroso, cargante, dícese de trabajo obligatorio que se hace con repugnancia; molesto, dañoso, oneroso.
De cette définition, il ressort que ce terme a une connotation péjorative. Or, depuis le début du soulèvement Zapatiste en 1994, tequio a retrouvé son sens originel donné aux premiers temps de la conquête, ie. Le travail communautaire obligatoire. Pour les différentes ethnies du Chiapas, Le tequio est redevenu le moyen de renforcer leur identité collective historique. C'est aussi grâce au tequio que de nombreux caracoles zapatistes (communautés indigènes) sont parvenues à l'autonomie. C'est dans ce nouveau contexte qu'il faut comprendre l'effort titanique de Jesús, prix Goldmann 2008, souvent comparé au Nobel de l'environnement . Il a su convaincre douze communautés indigènes de la Sierra de Oaxaca de participer à ce travail collectif de reboisement de 50000 hectares de terres érodées avec des arguments écologiques.
Enfin une bonne nouvelle qui a des échos dans d'autres régions du Mexique. A Pátzcuaro (Mich.), je viens de visiter une pépinière de 14 hectares de conifères propres à la region climatique et au terrain. La distribution d'arbres est gratuite sur présentation des titres de propriété. Les Purépechas qui occupent la sierra, doivent chercher parmi eux un leader capable de suivre l'exemple de Jesús Léon Santos, le héros du prix Goldman 2008.
Martine Chomel 23.08.08