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Les Affaires au Mexique

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 Depuis peu, Google fait sensation en Amérique Latine. L'annonce de son investissement à Buenos Aires est le point de départ d'un plan de développement global mis en place par la plus célèbre et populaire des entreprises "point-com" pour l'ensemble de la région.

À la tête de ce plan de développement, le mexicain Gonzalo Alonso, 36 ans, aujourd'hui remis du phénomène des 7 kilos de Google (la tradition voulant en effet que les nouveaux employés prennent du poids lorsqu'ils commencent à travailler chez Google, du fait de la mise à disposition de friandises au sein de l'entreprise). L'ex-directeur des ventes du portail internet T1MSN México, une co-entreprise entre Microsoft et Telmex en parle à Felipa Aldunate, directeur éditorial d'AméricaEconomía.


 
Tout le monde connaît la marque Google, mais peu savent comment l'entreprise génère des revenus aussi impressionnants. Pouvez-vous nous expliquer?
 
 Notre modèle est basé sur un système de vente de publicités connu sous le nom de CpC, Coûts par Clics. C'est-à-dire que nous faisons payer nos clients au prorata du nombre de fois où les utilisateurs "cliquent" sur les publicités des clients, et non pour un espace fixe sur le réseau. Si l'on compare avec la télévision, cela reviendrait à ce que la télévision ne fasse payer l'annonceur seulement quand l'utilisateur qui a vu la publicité rentre dans la boutique.

 Combien coûte chaque publicité ?

 
Nous ne pratiquons pas de prix fixes, nous laissons faire l'offre et la demande par le biais d'un système d'enchères : les entreprises qui souhaitent être annoncées sur Google achètent des mots-clés ayant un rapport avec les services ou les produits qu'elles offrent et les termes recherchés par les utilisateurs. S'il y a plus d'une entreprise intéressée par un mot en particulier, elles peuvent faire une offre supplémentaire.
Il y a une très grande opportunité en ce moment dans la région, car ce type de publicité commence tout juste à se mettre en place. Les mots clés en espagnol ne sont que peu recherchés par les entreprises, et le coût par clic est encore très bas.

Mais vous vendez également des publicités sur des sites qui ne font pas partie du réseau Google…

 Oui. Pour réaliser ce genre d'actions, nous passons par une plateforme qui s'appelle AdSense, qui permet aux personnes qui possèdent un site de s’enregistrer dans notre programme et de mettre de la publicité sur leur site, et nous partageons les gains générés par les clics qui sont réalisés à partir des publicités de ces sites.

Comment envisages-tu la structure de Google en Amérique Latine?
 
 Les différents services seront les mêmes que ceux de la maison-mère de Google. Il y aura un département des ventes très important, une grande part de l'entreprise consacrée au développement du moteur de recherche, et enfin, pour les pays hispanophones du continent nous allons mettre en place un département d'ingénierie et de développement de nouvelles technologies. Cette partie est déjà en train de se développer au Brésil. En fait, nous avons séparé le continent en deux, d'une part l'Amérique Latine hispanophone, dont je me charge, et d'autre part l'Amérique latine lusophone, le Brésil.
La langue de travail dans notre entreprise est une donnée essentielle, puisqu'elle définit quelle interface l'utilisateur est en train d'utiliser, et quels sont
les mots qu'il recherche.

Google est un moteur de recherche largement utilisé dans la région, depuis plusieurs années. Qu'est-ce qui va changer désormais? 

 
Jusqu'à maintenant, Google a été utilisé par le biais d'Internet. Le service Google a toujours été devant l'entreprise Google. Avant que Larry et Sergey s'en rendent compte, le moteur de recherche qu'ils avaient nommé Google était déjà mondialement utilisé.
Aujourd'hui, notre cible est beaucoup plus locale, nous essayons de mieux comprendre la région, mieux écouter l'utilisateur, créer les produits dont il est demandeur, adaptés à ses besoins. Quelles sont par exemple les adaptations de langue et d'interface qu'il nous faut réaliser pour lui garantir un meilleur service.

Il ne faut pas perdre de vue que le but de Google n'est pas de vendre de la publicité mais plutôt d'organiser l'information mondiale et de la rendre universellement accessible. La publicité n'est qu'un moyen annexe d'atteindre ce but et de remplir notre mission.

Comment s'exprime cette mission dans la culture de l'entreprise?

 
Nous l'appelons la culture googling, un néologisme issu de la personnalité même de Larry et Sergey : la fonction d'un employé n'est pas de faire un certain nombre d'heures, mais d'atteindre des objectifs, et c'est pour cela même que nous mettons en place le concept de l'amusement sérieux. De là viennent les cafétérias, les terrains de volley-ball, et la recherche d'un environnement détendu, où l'innovation est facilitée.

 Il y a d'autres choses encore : parmi elles  ce que nous connaissons comme le 70-20-10 : 70% de notre temps est dédié à notre travail en lui même, 20% est utilisé pour des choses qui ont un rapport avec le travail, mais qui ne concernent pas le moteur de recherche… Google Earth est un produit qui est né dans les 20% du temps d'un groupe d'ingénieurs qui se sont demandé comment, d'un certain nombre de plans et de photographies, ils pourraient faire un produit intéressant. Et les 10% restants sont consacrés à des activités qui ne sont reliées ni à notre mission ni à notre principal fonds de commerce.

A niveau global, la publicité sur AOL vous rapporte 7% de vos revenus. Qui est votre AOL dans la région?

 Nous avons beaucoup, beaucoup d'associés sur internet. Je les séparerai en plusieurs grands groupes, comme Terra, Esmas au Mexique, Clarín en Argentine. Nous en avons également d’autres, associés verticaux, sur des niches très particulières, mais qui nous donnent un panel très intéressant.

La majorité d’entre eux pourraient être vos concurrents… Pourquoi continuez-vous ce partenariat ?

 Si Google ne faisait pas partie d’AOL, les gens devraient sortir d’AOL pour faire une recherche sur Google. Cela voudrait dire que les utilisateurs seraient obligés de sortir de leur environnement de travail et chercher des éléments en dehors de cet environnement. Faire rentrer Google à l’intérieur d’AOL peur permet de garder leurs usagers dans leur environnement et de leur vendre les produits qu’ils commercialisent. Tout partenaire financier analyse avec qui il lui sera possible de monnayer au mieux un moteur de recherche. AOL a décidé que nous étions le meilleur.

La proximité du WEB 2.0…

 Aujourd’hui les règles sont différentes de celles d’il y a 15 ans. Beaucoup se demandent pourquoi nous mettons de la publicité sur les pages d’accueil de nos concurrents, comme si c’était rentrer dans le camp de l’ennemi.

 Ce n’est pas notre opinion. Internet doit être un média non-exclusif, ouvert. Sur le Web 2.0, ceux qui ont essayé d’exclure leurs concurrents ont fait faillite. Ceux qui ont le plus de pouvoir dans le réseau sont ceux qui ont réussi à comprendre le concept de la communauté et réussi à inclure le maximum de personnes sur leurs sites.

Peut-on réellement inclure tout le monde ? 

 
Tout ce qui pour l’instant est en dehors peut avoir vocation à être inclus. Chez Google, nous sommes conscients que notre succès peut s’achever en un clic, si nous faisons mal notre travail. Et une des pires choses que nous pourrions faire serait tenter de séquestrer l’usager, de le retenir d’une façon qui lui paraîtrait incommode. Nous avons l’obligation de lui ouvrir la porte et de lui dire « tu es ici tant que tu as envie d’y être ».

 En Chine, pourtant, ou dans d’autres pays, vous avez décidé d’interdire certains contenus
 
 
Il faut également remplir les conditions législatives des pays dans lesquels nous sommes présents. Si le gouvernement du Chili me demandait officiellement d’enlever une chose qui lui paraîtrait illégale ou dangereuse pour la nation, je le ferais, si les règles sont claires pour tout le monde. C’est ce qui se passe en Chine : si tu veux être présent sur le marché chinois, tu dois le faire en respectant les lois du pays. Les problèmes surgissent quand la censure devient arbitraire, si j’éliminais du contenu du fait de ma censure personnelle, et c’est ce que nous ne faisons pas.

 Les résultats de recherche peuvent déterminer le succès ou l’échec d’une entreprise, selon qu’elle apparaît au sommet ou en bas de vos listes de résultats. Y a-t-il un truc pour remonter dans la liste ?

Une des plus grandes inventions de Larry Page es le Pagerank, la technologie qui permet de comparer les pages qui contiennent « poires » et celles qui contiennent « les poires », celles qui contiennent « pommes » et « les pommes », et de trouver des liens entre elles.

C'est-à-dire qu’il y a un truc … 

Un des plus grands problèmes en Amérique Latine est que la majorité des sites hispanophones sont mal construits. En fait, ni Google, ni aucun autre moteur de recherche ne pourra trouver les termes recherchés. C’est ce que nous appelons nager en eaux profondes, être totalement hors d’atteinte. Environ 80% du contenu et des pages issus d’Amérique Latine sont dans ces zones là, parce que les sites sont mal programmés.

Mais ce n’est pas vrai non plus que quiconque puisse te garantir une place dans la liste de résultats de Google. Remonter est un processus long, qui prend du temps. Nous avons des systèmes très sophistiqués qui nous permettent de nous rendre compte si un site est parvenu à monter de la mauvaise manière dans nos classements. Lorsque nous détectons un site de la sorte, nous l’enlevons de Google, puisque, au lieu d’apporter de l’aide à la communauté et des informations qui pourraient enrichir l’usager, le site se contente de l’utiliser pour son propre compte en essayant de réduire la pertinence de la réponse.

Retrouvez la version complète de cet entretien sur www.americaeconomia.com

©juin 2007, America Economia tous droits réservés 

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