

Francis Joyon, AFP, tous droits réservés
Le navigateur Francis Joyon a allumé des fumigènes, dimanche 20 janvier à Brest, pour fêter son arrivée et son record.
57 jours 13 heures 34 minutes et 6 secondes : c'est le nouveau record du tour du monde en solitaire à la voile. Etabli par le navigateur normand Francis Joyon, il améliore de 14 jours le précédent record, détenu par l'Anglaise Ellen MacArthur.
Parti de Brest le 23 novembre, sur son multicoque IDEC, Francis Joyon, 51 ans, a franchi la ligne d'arrivée dimanche 20 janvier à 00 h 39' 58".
MacArthur n'exclut pas de tenter de battre Joyon
L'Anglaise Ellen MacArthur, détrônée dimanche matin de son record du tour du monde à la voile en solitaire par Francis Joyon, n'a pas exclu de repartir en quête d'une nouvelle référence, mais a précisé que ce ne serait de toutes façons pas l'hiver prochain. "Ah, c'est la grande question !, a-t-elle déclaré alors qu'elle était interrogée sur ses intentions de se remettre en quête du record. "Pour l'an prochain j'ai déjà un projet mais après on verra... C'est sûr que d'entendre ses histoires, ça donne envie de repartir. Un record c'est fait pour être battu", a-t-elle poursuivi.
Néanmoins admirative, MacArthur, dans une vedette accompagnatrice à quelques encablures de Joyon, a même fait le déplacement nocturne pour venir le saluer à son passage de ligne. "Je sais que cela a été dur pour lui, qu'il a dû souffrir, a commenté la jeune Anglaise. Il a pris des options différentes et bénéficié d'une météo géniale jusqu'au Horn. Son bateau est plus grand donc c'est normal qu'il aille plus vite mais il mérite ce record et je suis heureuse pour lui". (-Avec AFP)
Malgré un gros problème au sommet de son mât de 32 mètres, faisant craindre un démâtage à n'importe quel instant depuis dix jours et l'ayant obligé à ralentir, le skipper atomise le précédent record, détenu depuis février 2005 par l'Anglaise en 71 jours, 14 heures, 18 minutes et 33 secondes. A l'époque, Ellen MacArthur avait battu ce record en dépossédant Francis Joyon du sien, établi en 2004, sans routage, en 72 jours 22 heures 54 minutes et 22 secondes.
En 57 jours routés "m'ayant permis à raison de deux bulletins quotidiens d'affiner mes connassances en météo", cet humble gaillard est venu à bout de trois océans étalés sur 26 000 miles, grâce à un bateau de trente mètres et de onze tonnes, lancé sans énergie fossile - donc sans chauffage à bord. Le trimaran Castorama d'Ellen MacArthur mesurait, lui, vingt-deux mètres.
DES TEMPS DE PASSAGE RECORDS
IDEC a été mis à l'eau le 20 juin 2007, cinq mois avant son départ. Depuis son départ de Brest, Francis Joyon s'est mué en véritable "globe-sprinteur", pour avaler un tour du monde à grande vitesse.
Son premier temps de passage record tombait à l'Equateur, première ligne droite réalisée en six jours, 16 heures et 58 minutes contre huit jours 18 heures et 20 minutes pour Ellen Mac Arthur.
Ainsi lancé, le skipper d'IDEC ne cessa de battre les records, notamment celui de la traversée de l'océan Indien en neuf jours, 12 heures et 3 minutes, puis celle de l'Océan Pacifique en 10 jours, 14 heures et 30 minutes.
Lancé à 500 milles de basse moyenne quotidienne, Joyon passa le mythique Cap Horn après seulement 35 jours de mer.
Avant de décrocher ce record historique, il avait déjà réussi un tour de force, une boucle aller-retour de l'Equateur à l'Equateur en 41 jours.
PROBLÈMES DE MÂT
Au fil de cette circumnavigation, le skipper d'IDEC relève seulement deux moments d'inquiétude : "Une fois dans le Grand Sud, j'entrais alors dans une nuit de tempête au milieu des glaces. Une autre dans le pot au Noir, quand j'ai découvert que je risquais un démâtage à tout instant." Au 49e jour de course, "à l'heure où le bateau commence à fatiguer", le solitaire a dû alors grimper au sommet de son mât de 32 mètres, en s'imaginant mal tomber à l'eau "parce qu'elle avait l'air un peu froide".
En cinq jours, il y monte quatre fois, réussit à "blinder le dévissage en cours", se blesse à la cheville, lève le pied, ne baisse pas les bras et met sa cheville de côté. Puis l'infatigable remet les gaz en ménageant son trimaran "à 85 % de ses possiblités à 48 heures de l'atterrissage en Bretagne". Avec brio, simplicité et discrétion, le Normand a trouvé"le compromis idéal entre la performance et la prudence".
AFP et Marcel Mochet, © 20.01.2008, lemonde.fr, tous droits réservés
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