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 Francophonie dans le monde, Le Français au Mexique

 

Francophonie

diversité
et développement
  

 

Chacun conçoit et peut définir ce qu'est un francophone : une personne qui comprend et parle plus ou moins couramment le français. Mais on est souvent plus embarrassé  pour comprendre ce que recouvre le terme francophonie. C'est que la Francophonie signifie à la fois beaucoup moins et beaucoup plus qu'être francophone.

Beaucoup moins parce que, même si l'espace francophone rassemble 700 millions d'habitants, le français n'est jamais aujourd'hui que la neuvième langue du monde, parlée par approximativement 180 millions de personnes, dont 120 millions de francophones et 60 millions de francophones partiels. Beaucoup plus aussi parce que la Francophonie désigne un concept géopolitique original qui déborde largement sa référence linguistique : celui du sentiment d'une appartenance commune de peuples de langues et de cultures différentes, qui repose sur la revendication de la copropriété d'une langue française répartie et en usage institutionnel sur les cinq continents.

par Patrick Dahlet

Ambassade de France au Mexique

Mais revenons un peu sur la naissance du mot pour mieux saisir les avancées du concept. C'est à Onésime  Reclus, moins connu que son frère Elisée, auteur d'une géographie universelle, que revient la création du terme en 1880 : « nous acceptons comme francophone tous ceux qui sont ou semblent destinés à rester ou à devenir participants de notre langue ». (O.Reclus, France, Algérie et Colonisation, Hachette, 1880). Après une éclipse de plus d'un demi-siècle, le terme est repris dans un numéro de la Revue Esprit et imposé en 1962 par des chefs d'états étrangers - car contrairement à ce que l'on croit couramment la francophonie n'est pas une idée française ! -, dont Léopold Sédar Senghor,  Habib Bourguiba et Norodom Sihanouk, qui le préfèrent au terme de « francité » ou de « Commonwealth à la française ». Dans le prolongement est créée en 1970 à Niamey (Niger), l'Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT), première structure intergouvernementale de la francophonie. Mais la réelle institutionnalisation de l'espace date de 1986, avec la tenue à Paris du premier sommet des « pays ayant en commun l'usage du français ». Enfin un pas décisif est accompli avec la création en 1997, lors du septième sommet à Hanoï (Vietnam)  du poste de secrétaire général de l'Organisation Internationale de la Francophonie  (OIF).

L'élargissement constant de la Francophonie démontre son intérêt et son audience dans le monde : alors qu'en 1969, 28 pays participent à la première conférence intergouvernementale, l'OIF compte désormais 68 pays membres, si on inclut l'adhésion toute récente, et hautement symbolique, de l'Algérie.

Par la médiation de la langue commune, l'OIF met en œuvre une coopération multiforme, principalement dans les champs de la culture, de l'éducation et de la santé. Mais au-delà de cette coopération pour un développement solidaire, l'originalité de l'organisation francophone tient à ce qu'elle ne correspond à aucune des configurations classiques du juridique et du gouvernemental. Et c'est ce qui incommode peut-être aussi les tenants de l'architecture d'un hypermarché mondial pour régler le désir humain. Ni territoire, ni marché, ni union (supra) nationale, et encore moins puissance militaire, la francophonie en effet est une composition géoculturelle mobile, qui enracine l'économique et l'institutionnel dans la coalition d'identités et de cultures très distinctes, autour d'une langue d'intercompréhension commune, à distance de toute disposition uniformisante.

C'est un fait totalement nouveau dans les relations internationales. L'OIF est la seule organisation internationale douée d'un réel pouvoir économique (elle représente environ 11% du PIB et 16% du commerce mondial), qui soit fondée prioritairement sur des concepts culturels à la différence d'autres ensembles comme le Commonwealth.

Mais c'est précisément cette ouverture géoculturelle qui permet aussi à la Francophonie, d'une certaine manière par son indéfinition même, de jouer un rôle actif dans la conception et la gestion d'un monde multipolaire, comme l'a notamment illustrée la part décisive qu'elle a  prise dans l'élaboration et  l'adoption de la convention pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles en 2005 à l'UNESCO.

Au-delà d'un mouvement de développement mutualisé par l'usage du français, la Francophonie incarne ainsi, autant que possible, une vraie alliance, c'est-à-dire un mariage de l'unité et de la diversité, qui veut contribuer à proposer au monde un idéal politique et économique inédit, inspiré des valeurs humanistes des passionnés qui l'ont fondé : égalité, complémentarité et solidarité. Par là elle a le mérite d'ouvrir la voie à un seul monde vivable, autrement dit à une unité humaine dans lequel le fantasme de la pensée totaliste qui accompagne la mondialisation comme son ombre, ne mette pas en péril la liberté des hommes eux-mêmes.

Consultez la carte de la Francophonie dans le monde sur le site de La Documentation Française en cliquant ici

 

 

                  Le francais

                                                                         au service de l'entreprise

 

Aujourd'hui, trois langues dominent le monde, l'anglais, l'espagnol, le francais.  Une quatrième arrive, encore peu connue, elle les dominera peut-être toutes un jour, le chinois…

Mais a ce jour, fort de la puissance économique internationale des USA, l'anglais s'est imposé comme la langue des affaires.  Le francais et l'espagnol restant au niveau international des langues plus liées au tourisme et à la culture.

Avec le développement de l'Europe et de l'Amérique Latine, avec la volonté marquée de l'Amérique Latine de se détacher de la tutelle de l'aigle du nord, l'espagnol et le francais sont voués à trouver elles aussi une place internationale de choix au coté de l'anglais.

Les relations commerciales entre le Mexique et la France vont connaître dans les années à venir un développement spectaculaire.

La France et ses entreprises, par sa philosophie propre mais aussi en raison de l'éloignement géographique et du décalage horaire ne peut pas considérer le Mexique comme un simple réservoir de main d'œuvre à bas prix.

Les entreprises qui se développent au Mexique, filiales ou partenaires d'entreprises francaises, doivent avoir leur propre autonomie de décision, leurs propres capacités de recherche et développement. Ce développement conduit à la création d'emplois à responsabilité ou d'emplois à contenu technique important qui tirent le système éducatif vers le haut.
Le Mexique et la France développent des partenariats universitaire dans tous les domaines.  Des Mexicains vont finir leurs études en France, de nombreux francais viennent dans les universités mexicaines dans le cadre de leur cursus d'études.

Eurocopter emploie 150 personnes au Mexique, 50% sont des ingénieurs, 49% ont niveau supérieur au CONALEP. Sur les 150 employés, une quinzaine de francais.  Parmi les mexicains, 50 parlent francais, 15 suivent des cours. Les échanges et les missions en France sont fréquentes et la pratique du francais est un atout indéniable. La racine latine commune des deux langue en rend l'apprentissage facile.

La pratique des trois langues ouvre des perspectives de carrière dans le monde entier dans le réseau Eurocopter, installé dans 20 pays dans le monde avec des clients dans plus de 130 pays. 

Contrairement à ce que certains croient, parler la langue de l'autre n'est pas un signe de faiblesse mais au contraire un « avantage concurrentiel » significatif .  L'apport du francais comme troisième langue est un atout majeur pour un emploi de haut niveau au Mexique et pour une carrière internationale.

Dominique Gavault,
Eurocopter de México

 

 

 

 

Français et solidarités éducatives :

dialogue franco-mexicain

 

 

 

 

 

Entretien avec le

Dr Carlos García de Alba,

Directeur Général des relations Internationales à la "Secretaría de Educación Pública".

 

 

Entretien avec Patrick Dahlet, Ambassade de France au Mexique

 

 

 

 

Avant d'être l'actuel Directeur Général des Relations Internationales du Secrétariat à l'Education Publique, vous avez été Ambassadeur du Mexique au siège de l'OCDE à Paris, ce qui a confirmé votre réputation d'excellent francophone. Pourriez-vous nous expliquer comment vous en êtes venu à apprendre et à utiliser le français.

C'est la curiosité. En fait, j'ai commencé très tôt à chercher à apprendre un peu le français quand j'étais enfant, tout seul avec des revues, des textes, des livres et en regardant la télévision. Mais la première fois que je m'y suis sérieusement mis, cela a été à l'époque où j'ai habité en Italie. Là j'ai eu la possibilité de suivre un cycle de 6 ans d'enseignement du français à l'école de langues, dont je conserve un souvenir extraordinaire, de l'Ambassade de France au Saint Siège. Ensuite je suis entré dans la diplomatie mexicaine. C'était en 1987 et à l'Institut Diplomatique Matías Romero j'ai pu continuer à étudier un peu le français. Du même coup j'ai été envoyé au Québec pour le développement d'échanges universitaires entre le Mexique et la région québécoise. J'ai pu y pratiquer mon français durant les six mois  de ma mission, un peu surpris, je dois le dire, par le français du Québec. Si je peux oser la comparaison, c'est un peu pour moi l'équivalent de l'espagnol que parlent les personnes du nord du Mexique, avec un accent très fort, très joli et très particulier. Mais c'est vrai que le français du Québec est bien différent de celui que auquel j'ai été confronté il y a quelques temps à Paris : pas meilleur ou moins bon, bien sûr, mais simplement différent. Ensuite imaginez-vous, pendant vingt ans je n'ai plus eu aucune occasion de parler français, puisque j'ai exercé durant toute cette période mes responsabilités diplomatiques  dans le monde anglo-saxon. J'ai enfin retrouvé le bonheur de m'exprimer en français, en 2006, à ma prise de fonction de représentant du Mexique à l'OCDE à Paris. L'expérience de la vie parisienne a été pour moi réellement extraordinaire, autant du point de vue de la culture que de la langue et de mon activité professionnelle. Si j'ai un vœu à émettre ce serait de pouvoir continuer à améliorer  ma connaissance du français. Le français c'est ma quatrième langue après l'espagnol, l'anglais et l'italien. Mais je voudrais qu'il devienne ma seconde langue. Et je profite de l'occasion pour remercier l'Ambassade de France, et M. Bertrand de Hartingh en particulier, pour nous avoir offert un professeur, à moi-même, et à tous mes collaborateurs, qui vient régulièrement  perfectionner notre français.

 

Quel regard portez-vous sur la situation actuelle du français au Mexique et sur son utilité dans le développement de l'économie éducative mexicaine et de ses coopérations internationales ?

Quand on parle de la globalisation il faut inclure les langues étrangères. Je pense que l'anglais c'est une langue importante pour tout le monde, mais le français est dans les faits pour nous la langue la plus pertinente, après l'anglais. C'est pourquoi nous devons faire des efforts pour accroître le nombre et la qualification de nos enseignants de français et réussir à introduire et à étendre son enseignement de l'école élémentaire jusqu'à l'enseignement supérieur. Aujourd'hui on peut apprendre le français à peu près partout dans le pays, mais il faut bien reconnaître que son enseignement se concentre à Mexico, Monterrey et Guadalajara et dans quelques villes moyennes. Pour moi le français est une langue d'humanité. Et c'est pour cette raison que l'élargissement de son enseignement me paraît essentiel au Mexique. Il représente l'originalité de la tradition européenne et de sa construction à venir. Il est une clé d'accès unique à des connaissances fondamentales et au champ des sciences humaines et sociales en particulier. Encore une fois, l'anglais c'est important, mais pas dans tous les domaines. Si la connaissance de l'anglais s'impose pour les métiers de l'entreprise et de la gestion, en revanche ce n'est pas une langue utile pour le développement social du pays. Pour garantir au public mexicain l'enseignement de français de qualité dont il a besoin, il nous faut bien sûr renforcer les performances des formations de licence en français, mais aussi les échanges internationaux entre professeurs de langues. A cet égard le programme d'échange d'assistants de langues, que notre direction gère avec l'Ambassade de France, et qui recrute chaque année 150 jeunes mexicains pour l'espagnol en France et 65 étudiants français pour l'enseignement de cette langue au Mexique, constitue pour nous une référence fondamentale. Et je dirais même que, compte-tenu de la croissance de la demande de français, nous avons besoin de recevoir aujourd'hui au Mexique, encore beaucoup plus d'assistants de langue française. Actuellement la proportion est de deux mexicains en France pour un assistant de français au Mexique, nous souhaitons arriver à la parité. Et nous sommes près pour y parvenir, à investir beaucoup plus encore dans ce programme.

 

Vous êtes particulièrement bien placé pour savoir ce que la France et ses valeurs représentent actuellement pour la communauté mexicaine. Comment décririez vous l'image que vos compatriotes se font aujourd'hui de la France et de ses évolutions !

La France est toujours la France. Elle occupe une place et joue un rôle majeurs non seulement pour le Mexique, mais aussi pour la communauté internationale. Elle représente un pays avec lequel il est indispensable d'après moi, d'entretenir les rapports les plus substantiels, compte-tenu de sa  présence remarquable et ininterrompue dans l'histoire et l'actualité des relations internationales. Le Mexique a besoin de diversifier ses rapports internationaux. Dans cette perspective, il tient à nouer et à resserrer des partenariats avec d'autres pays que les Etats-Unis. Mais force est de constater que outre les Etats-Unis, les pays avec lesquels nous pouvons entretenir des rapports réellement significatifs se comptent sur le bout des doigts. Et la France en fait partie.

 

Terminons si vous le voulez bien, comme nous avons commencé, par une question plus personnelle, voire intime. Pourriez-vous nous raconter un événement de votre vie, ou un petit incident, pas nécessairement malheureux évidemment, qui vous viendrait spontanément à l'esprit, et dans lequel la pratique du français a joué un rôle important ?

Oui, oui, sans aucun problème, car je ne l'ai jamais oublié. J'étais une fois sur un bateau pour une croisière avec des amis dans les îles et sur les côtes de la mer de Marmara. Personne autour de nous ne parlait d'autre langue que le turc. Et, dans l'impossibilité de nous faire comprendre,  nous avons bien failli nous perdre  et manquer le port de débarquement. Personne en effet n'était en mesure de nous dire exactement à quel moment, ni où, il nous fallait descendre du paquebot. A la fin, par chance nous sommes tombés sur une dame qui nous a dit que l'unique langue qu'elle parlait , à côté du turc, c'était justement le français. Et c'est grâce à cela qu'elle a pu nous renseigner et que nous avons appris où nous devions descendre, et par conséquent que nous avons pu continuer notre voyage comme prévu. Vous imaginez à la fois mon plaisir et ma surprise d'avoir pu dépanner ainsi, grâce à mon français, mes compagnons de voyage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 Français et culture dans les universités technologiques mexicaines

Hugo Moreno
Coordination Générale des Universités Technologiques

 

a déjà longue et féconde coopération entre les gouvernements français et mexicain, qui a débuté dans la décade des années 1990, avec pour objectif l'implantation au Mexique du modèle éducatif des universités technologiques, en référence à l'expérience française des instituts universitaires de technologie, a donné dans les dernières années une impulsion extraordinaire à l'apprentissage du français dans la communauté étudiante de nos universités technologiques. Ce succès se doit principalement à l'accord intergouvernemental conclu en 2001 pour favoriser la mobilité des étudiants de nos universités technologiques en direction des institutions françaises correspondantes afin d'y réaliser des études de licence professionnelle pendant toute une année.

 

Ce développement n'aurait pas été possible sans l'appui déterminé du Service de Coopération et d'Action Culturelle de l'Ambassade de France à Mexico. En concertation étroite avec notre Coordination Générale des Universités Technologiques (CGUT) et avec la participation enthousiaste des recteurs et des professeurs, ce soutien a débouché sur la création d'un groupe national de formateurs de formateurs pour l'enseignement du français dont les actions, accompagnées par l'expertise du Centre International d'Etudes Pédagogiques (CIEP) de Sèvres, ont permis de réaliser un référentiel pour l'enseignement des langues, et plus particulièrement du Français sur Objectif Spécifique (FOS) et comme langue de communication professionnelle (FLCP), grâce aussi à la mise à  disposition sur place d'une spécialiste en Didactique du Français Langue Etrangère (FLE). En outre ce référentiel linguistique ne laisse pas de côté le développement de compétences interculturelles pour une meilleure gestion des activités aussi bien dans le domaine professionnel que dans celui de la vie quotidienne.

Un certain nombre de faits saillants témoigne bien de cette évolution positive du français : tous les ans il y a plus d'universités technologiques qui offrent du français, soit à l'heure actuelle  42 d'entre elles sur un total de 61 ; près de 4300 étudiants, répartis dans tout le pays et encadrés par environ 100 professeurs, bénéficient aujourd'hui d'un enseignement de français dans notre réseau technologique. L'ouverture des trois premiers centres d'examens DELF/DALF dans les universités technologiques permet à la communauté étudiante de garantir et de valoriser les compétences acquises en français par une certification internationale. A cet égard la formation pédagogique continue des professeurs de français par le biais de sessions sur place et de stages d'été en France, ainsi que l'invitation de conférenciers et d'experts en provenance du CIEP et des universités françaises, ont joué un rôle clé pour harmoniser et atteindre les ambitieux objectifs que nous avons établis.

 

 

Parmi les grands défis qui restent à réaliser, il faut mentionner la généralisation de l'enseignement du français, le maintien ou l'augmentation du nombre d'assistants de français dans les universités technologiques, ainsi que le renforcement du nombre des intégrants et des compétences du groupe national de formateurs de formateurs en français, avec l'appui des recteurs de la commission pour le développement des langues, elle aussi récemment institutionnalisée et fruit de cette coopération franco-mexicaine.

 La perspective du développement de cette coopération, au plan linguistique et interculturel est d'ores et déjà confirmée pour les trois prochaines années, en référence à la signature par les deux gouvernements du programme Mexprotec ce mois de juin 2008.

 

 

 

Entretien avec Carlos Roberto Rendón Pineda

 

 

 


 

Responsable des systèmes et du support technique chez Mediatec

Ancien étudiant de l'Université Technologique Emiliano Zapata (Morelos) et de l'Université Toulouse 1

Propos recueillis par Charlotte Spielewoy

 

1. D'où est venu ton intérêt pour le français?

J'aime beaucoup les langues. A l'université technologique, nous avions le choix entre l'anglais et le français: j'avais déjà étudié un peu d'anglais donc j'ai choisi le français. Par ailleurs, nous avons été informés d'une bourse pour partir étudier en France qui paraissait très intéressante et qui m'a motivé à choisir cette lange. Le concours pour obtenir cette bourse était d'un haut niveau puisqu'étaient testées à la fois nos connaissances techniques et nos connaissances de français. Finalement, sur 300 candidats, seuls 35 ont été sélectionnés. Dont moi!

  

2. En tant qu'étudiant d'une université technologique, tu as été sélectionné et tu as suivi pendant un an une formation en licence professionnelle dans une université française. Quelles étaient tes attentes avant de partir pour cette année en France?

Dans le cadre de mes études, je souhaitais apprendre des méthodes, la langue et bien sûr réussir ma licence. Sur le plan personnel, je souhaitais connaître la culture française et me faire des amis. Enfin, j'avais dans l'optique de revenir et d'avoir un bon travail.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3. Le séjour a-t-il correspondu à tes attentes? Les Français, les études en France, sont-ils comme tu les imaginais avant ton départ?

 

Les Français sont réputés pour être fermés. Mais à Toulouse, où j'ai étudié, et à Vichy, où j'ai suivi un stage de langue, ce n'était pas du tout le cas. Et les Français que j'ai rencontrés en dehors de l'université, par exemple à l'église que je fréquentais, ont aussi été très accueillants.
Les études ont évidemment été un peu difficiles, mais je m'y attendais! La relation avec les professeurs est différente du Mexique mais ils ont toujours été gentils avec moi et prêts à m'aider en cas de besoin.
La distance a parfois été dure à vivre, avec mes amis et surtout ma petite amie. Mais à mon retour, nos liens ont été renforcés puisque nous nous sommes mariés en décembre dernier dans une robe et un costume que j'avais achetés en France!

 


4. Que t'a apporté dans ta vie personnelle et professionnelle cette année d'études en France?

J'ai évidemment beaucoup progressé sur le plan de la langue, mais aussi dans le domaine technique puisque certaines méthodes enseignées en France ne sont pas connues au Mexique. D'autre part, j'ai apprécié la façon d'être des Français: ils sont très directs, si quelque chose ne leur convient pas, ils le disent!
Je vois le Mexique de la même façon qu'avant mais j'ai maintenant l'impression de connaître la France un peu mieux qu'à travers les préjugés qu'on peut en avoir. J'aimerais y retourner en tant que touriste, mais pas pour y habiter, même si j'en garde un très bon souvenir. Et bien sûr j'aimerais aussi revoir mes amis français que j'ai déjà invités à venir me rendre visite!

 

 

 

 

 

 

 

 

Tracés des littératures francophones

 

Laura López Morales
Faculté de Philosophie et Lettres, UNAM

   

Devenue un lieu commun, la diversité inhérente à l'univers littéraire francophone se construit sur le socle de l'usage de la même langue d'écriture. Mais il s'agit d'une création qui ne fait nullement  abstraction des contextes historiques, culturels, sociaux, politiques et économiques qui président à ses productions et à ses inventions. C'est ainsi que d'un bout à l'autre de la francophonie, on découvre  non seulement un riche spectre de réalités décrites, mais également de manières de  vivre ce français qui  les re-présente.

   

Entre un Belge, un Romand ou un Québécois et, de l'autre côté, un Africain, un Antillais ou un Malgache, il existe un rapport à la langue tout à fait différent. Pour les premiers, le français est langue maternelle alors que pour les seconds, il est associé à l'expérience de la colonisation et, souvent, co-existe, en rapport de complémentarité ou de concurrence,  avec une ou plusieurs langues vernaculaires . Il n'en reste pas moins que le français, devenu leurs français,  a fini par prendre un pli particulier à force de se « frotter » à d'autres langues, dans le champ de la création littéraire tout particulièrement, puisque par définition elle fait de la langue et de ses possibilités de jeux son objet privilégié.

Au début, la prise de parole a cherché en priorité à asseoir une identité blessée, déchirée et assoiffée  de reconnaissance et de légitimation. C'était alors le temps de  la voix de la révolte qui, après avoir reflété les modèles appris, s'est progressivement essayée à moduler ses propres accents : du Maghreb (Yacine, Dib, Chraïbi..), des Antilles (Césaire, Damas, Roumain..) et de l'Afrique noire (Senghor, Beti, Sembène..),  nous sont ainsi arrivés des cris en français exprimant autre chose, le pliant à d'autres vécus, le forçant à dire des réalités inouïes.

 
   

Sans craindre de subvertir la langue de l'autre, de la transgresser, ces plumes ont réussi à traduire, en refaisant le français sur lui-même, des univers jamais  nommés auparavant dans cette langue, du moins pas avec ces tonalités.
Les générations qui ont suivi, notamment dans la seconde moitié du XXème siècle, ont continué d'affirmer leur maîtrise dans le maniement de cet instrument de création tout en l'enrichissant de leurs couleurs et de leurs imaginaires.

Aujourd'hui, compte tenu des flux migratoires allant et venant de partout, la francophonie offre des contours géographiques moins nets : la production littéraire en français ne provient pas exclusivement des communautés traditionnellement associées à l'épisode colonial, c'est-à-dire, les métropoles et les anciennes colonies, mais aussi d'étrangers ayant volontairement choisi de s'exprimer dans cette langue.

   

Nombreux sont les cas d'Italiens, Brésiliens, Chinois ou Portugais (Micone, Kokis, Chen, D'Afonso..) qui, au Québec, publient des écrits d'une qualité incontestable. En France, en Belgique ou même en Suisse, d'autres écrivains (Christof, Makine, Bouraoui..) d'origines aussi diverses ont prouvé leur talent dans la langue de Rabelais et, à leur tour, en ont montré la noblesse et la plasticité.    
La pluralité mais surtout la vitalité sont les atouts de la francophonie littéraire contemporaine. Enrichie par ces créations, la tradition française ne pourra désormais se passer de cet éventail qui lui ouvre d'autres univers.

 

 

 

 

 

Geneviève Béraud-Suberville (Minouche)

 

 

Des émigrés du Béarn, du Pays Basque, de Barcelonnette, de Paris, de Champlitte et d'autres régions de France ont choisi le Mexique.  Raíces Francesas en Mexico AC rassemble leurs descendants implantés au Mexique depuis quelques générations.

 

 

La langue française au sein de ces familles sera conservée en fonction du degré de génération (allant  de la 1ère ou de la 2éme génération pour certains voire de la 3ème ou la 4ème dans d'autres cas), mais aussi des circonstances historiques, du lieu d'implantation, de la nationalité du conjoint de l'émigré ou de sa francophilie ou tout simplement d'un choix d'intégration au pays. Parmi nos membres, je constate que 70%  parle ou du moins comprend le français. Néanmoins pour le 30% restant, la langue est encore une barrière.
 
Cependant il y a de nos jours, un certain retour aux sources, surtout pour les jeunes générations qui parfois reprochent aux parents de ne plus leur avoir transmis la culture française! Même si pour la plupart il n'est plus question de retourner vivre en France car le Mexique est le pays de résidence, quelques uns envisagent leurs études professionnelles en France et c'est surtout les échanges universitaires, d'un ou deux semestres, qui les tentent. Par ailleurs, de plus en plus souvent certains profitent d'un voyage en France pour connaître la région d'origine de leurs ancêtres.

Au sein de notre association, nous avons plusieurs initiatives, dont l`édition de nos - Cahiers RFM et Gaceta RFM -  dans les deux langues. Pour inciter encore plus nos membres à retrouver le français, nous avons obtenu des réductions à l'IFAL et aux Alliances Francaises et nous proposons depuis 4 ans pour les enfants d'origine française non scolarisés dans le système français, les cours FLAM- Français Langue Maternelle- mis en place par le  Ministère d'Affaires Etrangères. Aujourd'hui l'identité franco-mexicaine commence a être comprise comme une richesse ce qui fut pas toujours le cas.

 

 

 

 

 

 

Le français, langue d'avenir au Mexique.

 

 

Patrick Dahlet      
Ambassade de France

 

La demande de français connaît aujourd'hui au Mexique une croissance remarquable. 35% d'apprenants en plus par rapport à 2004. A la rentrée de septembre 2007 on dénombre en effet 212.500 mexicains qui étudient le français en milieu institutionnel et dans les proportions suivantes : 45% dans l'enseignement supérieur, 30% dans l'enseignement scolaire, 15%  dans le réseau des Alliances Françaises et  à l'Institut Français d'Amérique Latine, 9% dans des écoles spécialisées en langues étrangères et 1% dans les établissements scolaires franco-mexicains de l'AEFE (élèves étrangers). Le secteur privé inscrit 35% du total de ces 212.500 apprenants de français et le District Fédéral en réunit à lui seul 40%, devançant respectivement les états de Mexico (8%), Veracruz (4%), Jalisco (3%), Nuevo León (3%) et Tabasco (1,5%).

Deux facteurs principaux expliquent cette relance actuelle du français au Mexique : d'une part la volonté nationale de diversifier les ressources et les échanges du pays, aussi bien face à la puissance structurelle des Etats-Unis qu'à l'égard de la référence espagnole ; d'autre part la représentation positive du français comme vecteur de citoyenneté, de mobilité et de spécialisation  universitaire (près de 3000 étudiants mexicains sont actuellement inscrits dans les universités françaises), ainsi que d'insertion professionnelle, y compris sur le marché national où 360 entreprises françaises génèrent plus de 75.000 emplois directs.

Au nombre des indicateurs de cette croissance mexicaine du français, il faut souligner : l'ouverture de six nouvelles licences de français dans de grandes universités autonomes (Chiapas, Nuevo León, Querétaro, Baja California, Michoacán) ainsi qu'à l'Ecole Normale Supérieure de Jalisco, faisant passer leur nombre de 13  à  19 dans le pays, entre 2006 et 2008 ; la hausse continue des étudiants de français dans les universités technologiques : 4273 étudiants aujourd'hui contre une centaine il y a 6 ans ; le maintien d'un enseignement obligatoire de français dans 45 collèges du District Fédéral, où 15.000 élèves étudient notre langue et sa réintroduction dans les collèges d'autres états (Jalisco, Puebla, Nuevo León et Chiapas en particulier) ; l'extension de l'offre de français dans les lycées intégrés des principales universités (dans les Prépas et CCH de l'UNAM où 15.000 élèves étudient le français, mais aussi dans les Prépas des universités autonomes de Puebla et de Nuevo León ) ; l'augmentation des inscriptions aux certifications internationales du Diplôme d'Etudes en Langue Française (DELF) et du Diplôme Avancé en Langue Française (DALF) : + 74% en novembre 2006 et 30% en février 2007 par rapport aux périodes correspondantes de l'année antérieure.

Un dernier indicateur non négligeable à mentionner est la forte valorisation par les autorités et les publics mexicains des programmes de mobilité étudiante à destination de la France, et notamment : les programmes d'échange d'assistants de langues (tous les ans 150 jeunes mexicains partent pour contribuer à l'enseignement de l'espagnol en France, et réciproquement 65 assistants français interviennent essentiellement dans les universités mexicaines pour  y appuyer l'apprentissage du français) ; de poursuite d'études en licences professionnelles ou écoles d'ingénieurs françaises pour les étudiants des universités technologiques et facultés d'ingénieurs, et en licence de français langue étrangère pour les étudiants des licences mexicaines de français.
 
 Dans un contexte mexicain où s'impose l'idée qu'une éducation de qualité est un critère essentiel de compétitivité et où l'impératif de la singularité incite à l'intégration de nouveaux espaces de communication et d'échanges, le français a aujourd'hui l'opportunité de renforcer et d'élargir encore considérablement la place qu'il occupe à la fois dans le système éducatif (public et privé), dans les médias et dans le débat social. Tout porte à croire que cette hausse est appelée à se poursuivre dans les prochaines années, faisant du français aux côtés d'autres langues, un constituant distinctif des compétences des cadres mexicains de demain et un lien  déterminant de projection et de parenté internationales.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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