Skip to main content

Pour vous Messieurs

Go Search
Home
Revue Imprimée
  
Echos de France > Pour vous Messieurs > Pour vous Messieurs > cravate_ou_col_ouvert  


 

 

 

Nous souhaiterions aujourd'hui traiter d'une grave question de mode masculine. Est-il encore envisageable de porter une cravate ou faut-il résolument adopter le port du col ouvert ? Question mineure, mais essentielle. Regardez autour de vous : le col ouvert prospère, la cravate régresse. Les artistes, les publicitaires, les éditeurs, les intellectuels, les professeurs et nombre de cadres renoncent à nouer autour de leur cou ce bandeau de soie encore indispensable et jugé élégant il y a quelques années. Les dernières digues sont en train de sauter.

 

Cravate ou col ouvert? AFP

Au Monde même, la cravate est devenue pour l'immense majorité des journalistes un accessoire ringard.Et plus personne ne se rappelle qu'elle fut obligatoire jusqu'au début des années 1980. Seuls deux reporters de grand chemin s'étaient fait un devoir de désobéir à ce code strict et implacable. C'est dire que le vent libertaire de Mai 68 n'avait pas tout emporté...

La révolution avait eu au contraire des timidités insoupsconnables. Un coup d'oeil aux photos d'archives fixe les choses : dans les grandes manifestations, le peuple étudiant en marche allait en veste et col cravaté. Jacques Sauvageot, à la tête de l'UNEF, défilait en cravate. Seul Daniel Cohn-Bendit échappait à la règle, mais tout le monde avait bien compris qu'il était "anarchiste allemand"... La cravate fonctionnait alors comme un marqueur social banal, accepté. En ces années-là, l'audace vestimentaire consistait, dans les divers milieux profesionnels à oser porter des chemises aux couleurs pastel.

Le corps semblait exiger d'être drapé, ceinturé pour affronter le regard des autres, L'étoffe faisait office de bouclier; chemise et veste pouvaient passer pour une armure; la cravate pour un protège-coeur, ultime trace de ce foulard porté par les mercernaires croates (prononcer "cravate"...) au service de Richelieu.

Mais revenons à l'actualité : la cravate est dédaignée et l'homme moderne s'en va de par la ville de plus en plus dépenaillé. Plus de cravate, plus de chemise ! Bref, une tenue de plus en plus relaxe et ... déshabillée. Au point qu'un directeur des ressources humaines s'en est ému.

Le site internet du Nouvel Observateur a publié la semaine dernière la lettre du DRH du groupe Mzars rappelant ses troupes à davantage de maintien. Extrait : "Comme il est impossible que ce défilé tout juste post-pubère soit l'image que nous souhaitons véhiculer chez nos clients, je recommande à chacun(e) (...) de se souvenir que nous ne travaillons ni dans un centre de réadaptation à la vie professionnelle pour anciens drogués, ni dans un atelier clandestin, pas plus que dans une agence de pub pour créateurs déjantés. Merci d'avance de garder le folklore pour vos vacances (et-pourquoi pas- de profiter des soldes)". La lettre est datée du 2 juillet.

Pour les soldes c'est maintenant un peu tard. Reste à comprendre la désertion de la cravate par un nombre de plus en plus impressionant d'adultes. A l'évidence, le refus de la contrainte et une volonté affichée de simplicité y sont pour beaucoup. L'homme moderne, qui ne s'est jamais senti aussi invulnérable, accepte de se montrer cou nu. Il s'agit littéralement d'une révolution vestimentaire aux allures d'exercices "spirituels" pour apprendre la simplicité, le dépouillement.

Ce sont probablement les Indiens qui ont lancé cette mode en diffusant largement dans le monde des chemises d'été à col ras. Les Iraniens ont accentué la brèche en bannissant la cravate après la révolution de 1979. Trop occidentale, trop bourgeoise et mécréante! D'où le succès dans les milieux conservateurs de Téhéran de la chemise à col clergyman.

Ouvert, bien sûr.

Qui a dit que les courants de la mode sont futiles et sans signification?

 

Laurent Greilsamer © 17.07.2007, Le Monde, tous droits réservés 

Article reproduit par courtoisie de “Le Monde”,  pour vous abonner consultez www.lemonde.fr/abojournal/ou www.todalaprensa.com.mx.