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C ertains se saignent pour se les offrir, d'autres les portent depuis des générations. Anonymes, hommes illustres, célébrités, tous ceux-là ont cédé à la tentation du confort et du luxe absolus. Depuis presque quarante ans, seule femme bottier au monde, Olga Berluti réinvente le métier de ses ancêtres en y apportant le volume, la couleur et surtout une inimitable patine. Parce qu'elle aime l'homme tout entier et qu'un soulier est l'empreinte d'une vie, celle qui se définit comme une «ouvrière de la Renaissance» a tout sacrifié à son art et ses hommes le savent bien..._«Il n'y a rien de plus émouvant que de voir un homme arriver avec une paire de souliers qu'il a depuis plus de quarante ans et qui me demande de les sauver, tellement il les aime et tellement elles sont usées ! Après les avoir réparées, je lui fais des pâtes et il me raconte l'histoire de ses souliers, l'histoire de sa vie en somme.»_Travail, pasta, confidences... tout se passe dans son atelier de création du Marais et si possible jusque tard dans la nuit au grand damne et au grand bonheur de l'hôtesse ! «Je n'ai pas le droit de les décevoir, je leur dois tout. C'est eux qui m'ont fait bottier.» Au début la formule semble toute faite mais quand Olga se livre un peu, cette dédicace prend tout son sens. Dans cette famille italienne installée en France, bottier de génération en génération depuis 1895, on ne plaisante pas avec les conventions. Puisqu'elle est une femme, on lui interdit le travail de bottier. «On me destinait au mariage et aux enfants !» A la fin des années soixante, dans la boutique rue Marbeuf, un petit chiffon de lin blanc enroulé autour du doigt ««c'était plus élégant et précis que le plumeau» , elle rôde, discrète, autour des clients. C'est Andy Warliol qui le premier s'adresse à elle avec deux croquis et une vision très précise des formes qu'il souhaitait. «Mon grand-père a haussé les épaules : un soulier est rond, noir ou marron !» Olga, elle, écoute, se met au travail. Depuis, les souliers de Warliol sont des classiques. »La création commence par la désobéissance» avoue-t-elle avec la fierté et la sagesse de celle qui a osé. »Personne ne s'est aperçu que j'étais devenue bottier, pas même moi ! Ce sont les clients qui ont décidé». Ainsi, au fil du temps, grâce à Olga, l'univers Berluti s'enrichit de formes comme la célèbre pointe carrée inspirée des chaussons de danse de Rudolf Nouriev. »Certes, mes clients sont classiques mais il y a des choses auxquelles ils ne résistent pas...» |