

Marion Cotillard dans La Môme, © 2007, AFP - Olivier Dahan, tous droits réservés
Vue de Paris, la remise des 65es Golden Globe Awards à Los Angeles, dimanche 14 janvier, fait figure de triomphe pour le cinéma français : le trophée de la meilleure actrice dans une comédie ou un film musical est allé à Marion Cotillard, pour son interprétation d'Edith Piaf dans La Môme, d'Olivier Dahan ; Le Scaphandre et le papillon, film français de l'Américain Julian Schnabel, l'a emporté dans les catégories meilleur film étranger et meilleur réalisateur.
Mais à Hollywood, cette distribution des prix décernés par l'association de la presse étrangère à Hollywood restera comme celle de la grève des scénaristes. Après que leur syndicat, la Writers Guild of America (WGA), eut menacé de former des piquets à l'entrée d'une éventuelle cérémonie, les acteurs ont renoncé à assister à la remise des prix et les organisateurs ont dû transformer cette répétition générale des Oscars en simple conférence de presse. Jointe au téléphone à Los Angeles, Marion Cotillard ne regrette pas le rituel d'une cérémonie traditionnelle : « J'ai pu vivre ce moment au milieu de tous les gens avec qui je travaille au jour le jour, en France comme aux Etats-Unis, des gens qui n'auraient pas forcément pu assister avec moi à la cérémonie », explique-t-elle.
Le grand événement mondain a éclaté en dizaines de fêtes privées improvisées par les vainqueurs du jour, rapporte la presse de Los Angeles. L'actrice française a appris sa victoire dans sa chambre d'hôtel, devant sa télévision. La chaîne NBC, partenaire des Globes, avait produit avec sa rédaction une émission de deux heures pour combler le vide laissé par l'annulation de la cérémonie, pendant que plusieurs chaînes câblées retransmettaient en direct la conférence de presse organisée par l'association de la presse étrangère.
Les autres grands vainqueurs de la soirée sont Reviens-moi, de Joe Wright, lauréat du prestigieux prix du meilleur film dramatique, et Sweeney Todd, de Tim Burton, et Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme, de Joel et Ethan Coen.
Le producteur de La Môme, Ilan Goldman, resté à Paris, estime que ce trophée « obtenu aux Etats-Unis par une actrice qui a travaillé en français » fait « entrer le film dans l'histoire » mais ne changera pas sa carrière, déjà très avancée dans le monde entier. Le succès de son actrice lui fait regretter plus encore que La Môme n'ait pas été choisi pour représenter la France à l'Oscar du meilleur film étranger, puisque Persepolis lui a été préféré. Le producteur estime que la commission chargée de ce choix n'a pas retenu « le candidat qui avait le plus de chances de gagner ».
A Hollywood, l'absence de cérémonie a suscité des réactions assez vives. L'impact médiatique des Golden Globes a été plus fort que jamais : il s'agissait de la première épreuve de force publique entre grévistes et studios. L'inquiétude est vive à l'approche des Oscars, prévus le 24 février et dont la cérémonie risque d'être annulée. Richard Zanuck, le producteur de Sweeney Todd, a déclaré au Los Angeles Times son « indignation », estimant que la grève provoquait « des dégâts de plus en plus graves ».
Thomas Sotinel, © 15.01.08, Le Monde, tous droits réservés
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