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 William Christie: "J'ai une grande dette envers la France"

 

 

 

 

 

 

 William Christie:

 

 

" J'ai une grande dette

        envers

                 

       la France "

 

 

 

 

 

 

 

 

  

Élu à l'Académie des beaux-arts, le chef d'orchestre dirige «Didon et Énée» à l'Opéra-Comique.

A partir de demain, le chef américain naturalisé français dirige l'opéra de Henry Purcell Salle Favart, à Paris, dans une mise en scène de Deborah Warner. L'occasion de ­faire le point sur une œuvre aux visages multiples, mais aussi sur la dette de « Bill » envers la France.

LE FIGARO. - Pourquoi Didon et Énée prennent-ils des visages aussi différents selon les interprétations ?

William CHRISTIE . -C'est ce qui est merveilleux dans la mu­sique baroque : c'est à l'interprète de compléter la partition. Nous ­sommes très loin du monde de ­Pierre Boulez et de Daniel ­Barenboïm où l'interprète a certes une marge de manœuvre mais ­dispose d'un texte où les instruments, le tempo, la dynamique, sont fixés par écrit. Vu l'état de la partition de Didon et Énée, on peut confier l'orchestre à un ensemble de cordes ou à un seul instrument par partie, recruter un chœur entier ou confier la partie chorale aux solistes. Cette fois, j'ai ajouté des flûtes à bec et des hautbois, mais je ne le fais pas systématiquement ! L'œuvre se prête à ­toutes les interprétations selon que l'on veut être monumental ou ­intimiste.

De quoi cela dépend-il ?

De mon humeur du moment, de ce que j'ai sous la main, des moyens dont je dispose, de l'aspect que je veux favoriser, plutôt ­musique de chambre ou opéra. Je fais partie de ceux qui pensent que Didon et Énée est incomplet, que la fin est perdue. J'avais demandé au musicologue Bruce Wood de ­compléter la partition, mais ­Deborah Warner a préféré laisser l'œuvre dans son état d'inachèvement : je me suis rangé à ses arguments. J'aime travailler avec des metteurs en scène très différents et suis prêt aux arrangements : si elle me dit qu'elle aimerait un plateau bien rempli, je recrute un chœur plus important, ce n'est pas un problème pour moi.

Craignez-vous que votre élection à l'Académie des beaux-arts vous range dans le camp d'un académisme suranné ?

Vous êtes bizarres, en France ! Même un peu hypocrites. D'un côté, on déclare aimer les traditions, on se dit fier de son passé, de son patrimoine. De l'autre, on crache sur les institutions, on traite l'Institut de nécropole, on se plaint que la France soit un musée ! Moi, je dis : quelle chance ! La France possède les plus grands chefs-d'œuvre de l'art, l'Institut est là pour les maintenir vivants : ce n'est en rien un cimetière culturel. L'Académie est une collection d'intelligences, j'y ai trouvé une jeunesse et une énergie extraordinaires : tout le contraire de « vieux croûtons ».

Cette élection souligne-t-elle votre rapport intime à la culture française ?

J'ai une grande dette envers la France. Elle m'a accueilli, m'a permis de m'épanouir, elle ne m'a jamais abandonné. J'aime cette culture, j'aime cette société. Obtenir la nationalité française en 1995 a déjà été une étape très importante dans ma vie, cette élection à l'Institut de France en est une autre.

En fondant les Arts florissants, en 1979, aviez-vous déjà le souci de former les futures générations d'interprètes ?

Je l'ai toujours eu. Je suis un pédagogue dans l'âme. Cela remonte à ma jeunesse aux États-Unis, où j'ai vécu dans un milieu éducatif. Quand j'ai fondé les Arts florissants, je l'ai fait avec des jeunes rencontrés dans des stages de musique. Et l'ensemble s'est constamment rajeuni. Au fond, je suis un petit profiteur : je m'entoure de jeunes talents, je les fais progresser et leur qualité bénéficie à mon ensemble !

Mais quand ils se mettent à voler de leurs propres ailes, comme Marc Minkowski ou Emmanuelle Haïm, n'est-ce pas douloureux ?

Ce serait hypocrite de le cacher. Un peu comme les parents qui doivent accepter de voir leurs enfants prendre leur envol : cela peut être difficile à avaler. Surtout quand certains se montrent prêts à tuer le père. Mais c'est dans l'ordre des choses, j'ai appris à être philosophe et à l'accepter.

Pourtant, vous êtes réputé avoir votre caractère…

On peut être philosophe et avoir du caractère.

 

                           Ó CHRISTIAN MERLIN / Le Figaro, tous droits réservés / 03/12/2008

Article reproduit par courtoisie de Le Figaro pour vous abonner consultez htttp://abonnes.lefigaro.fr ou www.todalaprensa.com.mx

 

 

 

 

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