Après s'être installés sur leur nouveau territoire et avec les encouragementsdu roi d'Espagne et du pape de l'époque, les évangélistes se consacrèrent à la construction de nombre de temples, haciendas, et autres couvents, aidés dans leur tâche par une main d'œuvre indigène, "généreuse et gratuite". Une grande partie de ces édifices, du fait du cours implacable du temps et d'un grand nombre de vicissitudes font désormais partie du riche patrimoine de l'Etat du Michoacan et peuvent être visités au court d'une courte excursion.
Départ : Cuitzeo
Après avoir décidé de suivre une "Route des couvents", je débutai mon parcours dans la pittoresque bourgade de Cuitzeo del Porvenir, à quelques 59km au nord de Morelia.
Le village abrite le couvent de Sainte Marie Madeleine (Santa María de Magdalena), édifice datant de 1551 et érigé par l'ordre des Augustins.
Dans l'enceinte du couvent, on trouve notamment un magnifique jardin, mais ce qui attire le plus l'attention c'est la majestueuse façade de style plateresque, décorée de motifs de plantes, d'animaux, de chérubins et de colonnes striées majestueusement élaborées.
On attribue le travail de la somptueuse façade à l'artiste indigène, Francisco Juan Metl. Le couvent abrite aujourd'hui le musée mexicain de la gravure.
Charo, la plus ancienne
Après avoir emprunté une route étroite et traversé le lac de Cuitzeo, je suis arrivée a Morelia et j'ai continué en direction de l'est, pour arriver dans le prolongement de l'avenue Madero et prendre la route en direction de Mexico.
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Après quelques 15 kilomètres je suis arrivée au village de Charo, une des bourgades les plus anciennement peuplées de tout l'état. Le magnifique couvent augustinien du 16ème siècle ressort du reste du village.
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On y accède par un escalier sur le devant et après en avoir traversé la large cour intérieure jardinée, on arrive à deux corps de bâtiments, fortement marqués par le style de la Renaissance. Un des éléments les plus remarquables de ce groupe de bâtiments est sans contexte l'ensemble des peintures murales représentant différents motifs religieux qui tapissent les couloirs du cloître. Ce dernier ne possède qu'un étage et est encadré d'arcs et de fines colonnes.
Les joyaux de Morelia
Les yeux et l'esprit réjouis par un spectacle aussi magnifique, je retournai en direction du centre historique de Morelia. Je commençai mon tour par l'Ex-Convento del Carmen dans la rue de Morelos Norte. La construction du temple a été réalisée de 1593 à 1619 suivie par le cloître, au cours du 17ème siècle.
Les deux coupoles du temple se remarquent dans le paysage urbain depuis qu'elles ont été construites au 18ème siècle.
Le temple en forme de croix romaine présente, à l'intérieur, une ample décoration de style néoclassique, qui s'est substituée en1839 à la décoration originale de style baroque. Aujourd'hui le cloître et les différentes cellules abritent la Maison de la Culture de Morelia.
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Après être sorti du Convento del Carmen, je me dirigeai vers l'Ex convento de Santa Catharina de Sena, propriété et demeure des sœurs dominicaines depuis 1590.
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Cet ensemble d'édifices se trouve au numéro 334 de la rue Santiago Tapia et est le premier couvent de femmes à s'être établi dans la ville. Du fait du mauvais état de l'ensemble, il fut décidé de construire un nouvel édifice à partir de 1738 et les soeurs déménagèrent, laissant le bâtiment au Collège de jeunes filles de Santa Rosa María.
Le collège a été utilisé à partir de 1743 et les jeunes filles y recevant une éducation musicale, le pape Benoît XIV décida de lui donner le nom de Conservatoire, en faisant ainsi le premier de toute l'Amérique. Au début du vingtième siècle, dans ce qui était le cloître du couvent, a été fondé le Conservatoire de las Rosas au sein duquel a été établie l'Ecole de Musique Sacrée et qui abrite également le Chœur Polyphonique Miguel Bernal Jiménez et le chœur d'enfants de Morelia. Dans le cloître, il est également possible d'apercevoir les arcades originales, une fontaine centrale, une statue d'Alfredo Zalce, un artiste originaire de l'état du Michoacan et plusieurs lavoirs à mains datant de la période coloniale, lavoir qui sont les uniques exemples en leur genre dans l'ensemble de la ville de Morelia.
Encore plus de trésors coloniaux
De la musique encore gravée au creux de l'oreille, je continuai mon parcours par l'Ex-couvent de la Merced, fondé au cours de la première décennie des années 1600, au coin de l'avenue Madero et de la rue Andrés Quintana Roo. Ce couvent est l'un des plus petits de la ville, construit sur deux étages sur une base de pierre de taille. La décoration extérieure en est extrêmement limitée. A l'entrée principale du temple on remarque des pilastres en forme de pyramide tronquée, formes architecturales largement répandues dans l'architecture de la Nouvelle-Espagne, mais particulièrement pour la décoration des retables intérieurs et non des entrées des édifices, ce qui donne un certaine particularité au bâtiment. A l'heure actuelle, le cloître abrite une école primaire.
J'ai ensuite visité l'Ex-couvent de San Augustín, qui se trouve presque dos-à-dos avec la cathédrale, à l'angle des rues Abasolo et Corregidora. L'ordre des augustins s'est installé dans l'état du Michoacan en 1602 et la construction du couvent en question remonte à la seconde moitié du 17ème siècle. A l'intérieur, se détache l'image de la vierge du secours (Virgen del Socorro), offerte au milieu du 17ème siècle par l'évêque de Valence de l'époque : Saint Thomas de Villanueva. Le grand retable est de style néoclassique et on l'attribue à l'architecte de Guanajuato, Francisco Eduardo Tres Guerras. De nos jours, le temple est toujours utilisé pour des services religieux et le cloître abrite une résidence d'étudiants de l'Université Michoacana de San Nicolás de Hidalgo, ce qui explique certainement en partie son état de détérioration.
D'autres surprises pour le voyageur.
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De là, je suis parti vers le fameux aqueduc de Morelia pour arriver à l'ensemble formé par le Sanctuaire de Guadalupe et le couvent de Saint Diego sur l'avenue Ventura Puente, presque au croisement de l'avenue Acueducto.L'édifice a été remodelé de nombreuses fois au cours du 19ème siècle, et c'est la raison pour laquelle il nous est possible d'y observer une décoration très similaire au style rococo français, particulièrement en vogue à cette époque. Des fleurs et des feuilles multicolores couvrent ainsi les murs, les coupoles et autres voûtes. De nos jours le cloître du couvent est le siège de la faculté de droit de l'Université Michoacana de San Nicolás de Hidalgo.
Tiripetio et Pátzcuaro
En chemin, je me suis également arrêté dans le village de Tiripetio, à environ 25 km au sud-ouest de Morelia. On peut y admirer un couvent augustinien fondé en 1537. Le retable du temple montre de superbes peintures "à la détrempe" et une cour intérieure arborée juste devant l'édifice. Le couvent abrite aujourd'hui un musée et un centre de capacitation pour les artisans, qui propose notamment des cours pour la protection de formes traditionnelles d'art, telles que l'orfèvrerie, l'ébénisterie et la "plumaria[1]".
J'ai continué mon voyage jusqu'à arriver à la ville de Pátcuaro, où je me suis immédiatement mis à la recherche de ce qui a été tout d'abord l'Hôpital de Santa Martha, puis le couvent des sœurs dominicaines de Santa Catarina de Sena, et qui est aujourd'hui plus connu sous le nom de "La Casa de los Once Patios" (la maison aux onze cours). Elle abrite aujourd'hui un centre d'artisanat.
Après avoir visité ce lieu très intéressant je me suis dirigé vers ce qui fût le Couvent de San Augustin, sur la rue Libertad, juste en face de la place Gertrudis Bocanegra. Le cloître a été détruit et en lieu et place a été construit un théâtre. Aujourd'hui l'intérieur a été vidé de tout élément religieux et on y trouve la bibliothèque publique Gertrudis Bocanegra", à l'intérieur de laquelle il est possible d'admirer une peinture murale de l'artiste Juan O'Gorman, qui relate l'histoire de l'Etat du Michoacan.
Tzintzuntzan
Un peu plus tard, je repris la route vers le nord-est, jusqu'à arriver au village de Tzintzuntzan, dans lequel j'ai visité l'Ex-couvent de San Francisco (1570). L'accès à l'édifice se réalise au travers d'une arche de pierre de taille qui débouche sur une cour intérieure gigantesque où poussent, en grande quantité, de très vieux oliviers.
Le temple de cet ensemble possède une façade de style plateresque. Sur le côté est, se trouve le temple de la Virgen de la Soledad, à l'intérieur duquel est conservée une sculpture du Christ, réalisée en pâte de tiges de maïs, et qui date du 16ème siècle. Sur le côté ouest se trouve la Chapelle Ouverte (Capilla Abierta), qui servait à la communion des indiens. Elle est décorée par une arche qui porte nettement la trace de la main d'œuvre indienne.
En observant attentivement les matériaux de construction utilisés à l'extérieur du couvent, il nous sera possible de découvrir des gravures dans la pierre qui sont sans ambiguïté d'origine préhispanique, preuve que certaines des pierres ayant servi à la construction ont été récupérées sur le site archéologique situé à proximité du site du couvent.
Erongarícuaro
Mon étape suivante fut le couvent de la Virgen de la Asunción dans cette bourgade pitoresque, à quelques 17km de Pátzcuaro, sur la route qui longe la rive du lac. Ce monastère a été construit par l'ordre des augustins en 1570 et le temple possède une entrée formée de deux corps architecturaux de style plateresque et un alfiz (arc issu de l'architecture de type arabe) décoré de grands coquillages et dont le toit est de forme trapézoïdale.
Au sud du temple, on peut observer une rangée d'arcades dont les arcs présentent des colonnes striées avec des chapiteaux qui revêtent des formes d'anges et de béliers, en plus de motifs de plantes. A l'arrière de cette rangée d'arcades, on pourra observer une belle chapelle ouverte, qui possède notamment de grands fonts baptismaux et des peintures murales. Le cloître a aujourd'hui fonction de séminaire.
C'est par cette visite que j'ai achevé mon voyage à travers de l'histoire religieuse de l'Etat du Michoacan, restant persuadée que cela avait été un excellent prétexte pour voyager à l'intérieur de cet Etat merveilleux, qui, comme nous l'avons vu, n'en finit pas de nous réserver des surprises.
Texte et photos de Federico Vargas Somoza, ©2007, Mexico Desconocido, tous droits réservés
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